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Le contraste est alors énorme, la réalité d’un abandon pur et simple des rwandais par la communauté internationale évoquée sans pathos inutile. Vient ensuite la force d’un homme, prêt à tout pour sauver sa famille, puis tous ceux qui croiseront son chemin, sans se poser de questions, sachant que c’est la seule chose à faire dans de telles conditions. En même temps Paul Rusesabagina continue de vouloir conserver le standing de son hôtel, le plus luxueux de Kigali, et ses efforts comportent alors un trait d’humour, présent même dans les moments les plus difficiles. Malgré la dureté des évènements qui lui sont imposés, la mise en danger de sa propre famille, il porte en lui un espoir et le fait renaître chez ceux qui ont presque tout perdu, surtout après s’être rendu compte du désintérêt total des Nations Unies.

Comme cela est montré dans le film, l’ONU a en effet mis le temps avant de qualifier le drame rwandais de « génocide », et la reconstitution de ce côté a le mérite de présenter une vision plus claire, sans être simpliste, des différents manquements de cette organisation. De la même façon le réalisateur a compris à quel point il était important de montrer le rôle considérable qu’a eu la RTML (Radio télévision libre des Mille Collines), surnommée « radio machette », dans les massacres. Tout au long du film, on peut entendre la voix d’un présentateur de cette radio ; annonçant tout d’abord l’attentat contre le président Habyarimana, soi-disant orchestré par le FPR (Front Patriotique Rwandais, essentiellement Tutsi) et ordonnant ainsi l’exécution méthodique de tous les Tutsi et Hutu modérés, il attise la haine entre ces ethnies, comparant les Tutsi à des « cafards » qu’il faut exterminer, allant jusqu’à demander de tuer « même les enfants », pour qu’aucune génération de Tutsi ne subsiste.

Reconstitution honnête de faits historiques terrifiants et histoire personnelle d’un homme bien décidé à faire ce qui lui semble juste, Hotel Rwanda est aussi un récit passionnant qui regorge de péripéties diverses nous tenant aisément en haleine, porté par un lot d’acteurs parfaitement étonnants. En tête bien sûr, Don Cheadle, la dignité faite homme, parfaite incarnation d’un être dont la bienveillance et la dévotion explosent littéralement dans ce contexte, sans jamais verser dans la mièvrerie, confirme son talent immense jusque-là sous-exploité. On y découvre aussi l’actrice Sophie Okonedo dans le rôle de sa femme, qui s’installe très vite dans un jeu fiévreux et réellement saisissant de justesse. On pourra également saluer les prestations de Joaquin Phoenix, journaliste têtu et passionné mais fortement désenchanté, et de Nick Nolte, colonel en mission de pacification au Rwanda, cynique à la découverte de son impuissance face au conflit.