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Bientôt, Marc Rippol, le président du festival, arrive. Le cheveu blanc, une allure qui hésite entre timidité, bonne volonté manifeste et enthousiasme débordant. Il coupe le filtre d’une cigarette, l’allume, s’assois, s’inquiète de mon sort, je le rassure, il m’emmène pour une visite rapide des différents sites du festival. Notamment le cinéma Mazarin et l’espace Jo du Bayon, dévolu au marché du film.

Quand la visite s’achève, un rapide coup d’œil à ma montre m’indique que je viens de louper le début de la séance de 16 heures. Je vais donc me perdre un moment dans le centre ville, guettant les impressions dont je ferai la matière des premiers paragraphes ci-dessus.

Comme il fait tout de même un peu frisquet, je m’en retourne à l’hôtel où je compulse avidement le programme. Qui est pour le moins copieux. Pas moins d’une cinquantaine de films en compétition officielle. Et en dehors de ça, maints programmes alternatifs : expérimental, scolaire, tchèque, slovaque, documentaire, vidéo et j’en passe.

EN CORPS

J’y suis. Première projo. De l’expérimental en l’occurrence. Je profite de n’être pas encore harassé par les séances successives pour me farcir ces quelques films dont je suppose qu’ils seront plus exigeants que la moyenne. Cela posé, la thématique est alléchante : « Corps scientifique / Corps fantastique. »

Dans ma besace de convictions cinéphiliques, j’ai quelques articles se rapportant au corps et je tiens à les mettre à l’épreuve de cette programmation. Je pense par exemple que parmi les distinguos qu’il convient de faire entre cinéma et théâtre, le corps est un élément fondamental. Le comédien (créature du théâtre) étant avant tout une faculté d’interprétation. L’acteur (cible des caméras) étant d’abord un corps, corps actant, corps en acte, puissance d’incarnation.

Par ailleurs, à mon sens, corps et caméra ont toujours eu beaucoup à se dire. La caméra a révélé l’anatomie comme elle seule en était capable. Elle a pris acte de la décrépitude physique surtout, capturant le temps à l’œuvre. « Le cinéma c’est la mort au travail » disait Cocteau. Les corps marqué par le cinéma, le cinéma marqué par les corps. Ainsi a-t-on assisté à l’assomption puis à l’inéluctable déclin de Liz Taylor. Ce qui peut nous émouvoir dans IP5, ce qui nous touche dans le corps floué de Montant, c’est le souvenir (accessible, gravé sur pellicule) qu’il fut autre, sémillant séducteur de blondes hollywoodiennes. Ce qui nous émeut, c’est la preuve 24 fois par seconde que le temps est sans pitié et que notre corps a à faire avec cet ogre infaillible.

Mais revenons à Aix. Ce programme expérimental débute avec des images assez exceptionnelles. Les travaux de Marey et Muybridge, grands précurseurs, ceux-là qui les premiers décomposèrent le mouvement, permettant ainsi les travaux ultérieurs qui allaient le reproduire. L’ethnologue et chercheur Jean-dominique Lajoux s’est saisi de leurs images et les a montées en courts films sautillants. Quinze ans avant les Lumière, tout était déjà là pour que naisse le plus populaire des arts. Captures des corps en mouvements, des muscles à l’œuvre, des chaires en tension. Et que sont-elles devenues ces chaires justement ? Poussière bien sûr. Le cinéma qui témoigne du mouvement mais plus sûrement encore du temps, de son passage.