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FESTIVAL INTERNATIONAL DU COURT METRAGE
DE CLERMONT-FERRAND 2005

Compte Rendu
Par Matthieu CHEREAU


GRANDEUR ET DECADENCE DU COURT METRAGE

SYMPTOMES

D’abord ces films expérimentaux - innombrables - qui, sous couvert de critique socio-économique, politique, que sais-je encore, renchérissent dans la caricature du système capitaliste. Deux courts encore cette année, Les trois-huits et Mouvement perpétuel pour un pays de cocagne. Ces films produisent en série les métaphores totalitaires et mécanistes, de personnages aliénés.

Pauvreté des caricatures répétées à l’envie d’un film à l’autre, comme si le cinéma expérimental était le lieu privilégié pour formuler de la manière la plus adéquate une critique de ce genre, a fortiori d’une si pauvre manière. Comme s’il suffisait de truquer les images, d’inventer de nouveaux mondes, de s’abriter derrière les images de synthèse pour toucher plus juste, exprimer une certaine vérité, pire une sagesse. Tous ces films sont des petits films, prétentieux, ennuyeux, et terriblement rébarbatifs.

Deuxième symptôme - La marche arrière mise au service d’une narration plus ou moins adéquate, plus ou moins bâclée. À croire que finalement le procédé vaut par lui-même, qu’il s’agisse de Nipal ou rétroaction, même fascination pour ce procédé auquel le cinéma a recours depuis toujours. Mais une fascination castrée, sans imagination, sans intelligence, qui se contente de suivre, d’être le spectacle pour ainsi dire d’elle-même.

Le rasoir du naufragé de Keith Bearden. Ce film plutôt attachant, tout droit sorti de la BD, traite de la foi (la BD aussi est une religion), d’une poétique absurde, du vide, du nihilisme et en même temps de l’affirmation de la vie. Il repose sur l’invraisemblable histoire de cet homme naufragé qui se contente chaque jour de se raser, et d’avoir, parfois, une pensée distraite et non moins profonde. Il y a dans cette poésie de pacotille le détachement de l’humour et la force de l’épure. Comme quoi ce film s’inscrit dans la droite ligne de ces personnages de BD américaine anonymes mais attachants, invisibles et incarnés.