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MAURICE LEMAITRE
Rétrospective
Par Cécile GIRAUD

Figure majeure du mouvement lettriste, Maurice Lemaître révolutionne le cinéma dès 1951 avec "Le film est déjà commencé ?" et invente une nouvelle forme de spectacle : le "Syncinéma". Ses nombreuses réalisations filmiques, des années 60 à nos jours, le placent parmi les cinéastes d’avant-garde les plus importants de sa génération. (Christian Lebrat)



LE MAITRE MOT

Maurice Lemaître, ce nom vous dit quelque chose. Il sonne comme celui d’un cinéaste pionnier, mais vous ne parvenez pas à en faire naître des images. Pourtant, il mit le Festival de Cannes sans dessus-dessous en 1951, ce qui lui fit accéder au rang de cinéaste banni du système, ironiquement après qu’il s’en soit écarté lui-même. Aujourd’hui, le Festival Côté Court de Pantin lui rend hommage en sa présence, projetant l’incendiaire Le Film est déjà commencé ?, ainsi que plusieurs de ses court-métrages.

S’inscrivant dans le mouvement lettriste, Lemaître manie aussi bien l’image que le mot, et les met en relation dans d’étranges combinaisons. Dans Le film est déjà commencé ?, une voix-off nous conte une séance de cinéma particulière, sabotée par le dit-Lemaître aussi bien sur l’écran que dans la salle : alors que le narrateur explique au spectateur que les spectateurs dans le film sont aspergés d’eau glacée, et que les images sont celles d’un paysan, les spectateurs dans la salle sont eux-mêmes pris à partie, et la séance est interrompue par la police, aussi bien sur l’écran que dans la salle. Lemaître est le dernier à quitter le navire.

Car chacun de ses films n’existe que pour et par le spectateur. La place passive qui nous est impartie en général fait place à un rôle actif qui remet en cause le bon déroulement de la séance et qui fait de chaque projection un instant unique et non reproductible. La passivité devant un film de Lemaître n’a pas lieu d’être, spécialement lorsque la projection a lieu en public, dans une salle de cinéma pleine. D’abord, le spectateur est interpellé : « vous n’avez pas honte ? », les cartons habituellement réservés aux dialogues sont des adresses au voyeur que nous sommes, interrogé sur la fascination que produit l’image, alors que Lemaître se désigne lui-même en tant que créateur ou imposteur (jugeant que son cinéma n’a « aucun intérêt »).