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Objectif Cinéma : Pouvez-vous parler du travail de documentation qu’il peut y avoir ?

Deborah Perret : Pour le dernier film sur lequel j’ai travaillé, Hotel Rwanda, j’ai demandé à mon mari de faire quelques recherches sur Internet et de me constituer un petit dossier sur le sujet, car je ne me sers par contre pas trop des ordinateurs. J’ai mes dictionnaires, et sinon je peux me renseigner en bibliothèque de toutes façons, et j’ai aussi des contacts, par exemple le directeur des urgences de l’hôpital américain à Neuilly, qui a vécu quelque temps aux Etats-Unis, j’ai aussi une amie qui est très calée pour tout ce qui est religion, j’ai eu des choses concernant l’apocalypse par exemple, je connais aussi un curé, un avocat, ça aussi c’est très utile. En général les professionnels sont ravis de répondre aux questions, seulement une fois on n’avait pas pu me renseigner et j’ai dû aller dans un billard pour demander aux joueurs, et là évidemment comme j’étais jeune ils ne se sont pas gênés pour faire des jeux de mots pas franchement appropriés !

Objectif Cinéma : Avez-vous des exemples de difficultés de traduction que vous avez pu rencontrer ?

Deborah Perret : Un jour pour un film intitulé Blue Ice, avec Michael Caine, il y avait un personnage avec l’accent cockney et il récitait une sorte de poème qui rimait seulement s’il était prononcé avec cet accent. Tout était basé sur les consonances de cette langue, et en français si je traduisais ça ne voulait rien dire, c’était vraiment difficile. Alors j’ai demandé par hasard à une amie qui travaillait au Moulin Rouge de voir si autour d’elle il n’y avait pas d’anglaise d’origine cockney ! Et tout juste en allant chercher cette amie à la sortie du Moulin Rouge je suis tombée sur une jeune femme anglaise qui m’a tout expliqué ! Je me souviens surtout de ce problème que j’avais eu, sinon en général on ne passe pas trop de temps sur des difficultés, on arrive à les résoudre à un moment ou à un autre.

Objectif Cinéma : Quelles sont d’après vous les qualités requises pour être adaptateur de doublage ?

Deborah Perret : On dit le plus souvent qu’il faut bien parler anglais, mais il faut surtout bien parler le français ! Mais ça veut dire aussi ne pas parler un langage neutre, il faut connaître tous les niveaux de langage, se mettre toujours au courant de l’actualité, être curieux de tout. Ce qu’il faut savoir c’est que c’est du langage parlé, donc avant que ça colle parfaitement aux mouvements des lèvres, il faut que ce soit français et crédible. J’ai un exemple récent que j’ai vu, on demandait à quelqu’un « tu es sobre ? » alors que naturellement on ne dirait jamais ça, dans la langue de tous les jours, on dirait « tu n’as pas bu ? ». Il faut bien se rendre compte aussi du langage qui évolue, par exemple celui des jeunes, et dans les séries parfois on entend « garce » mais je ne vois pas pourquoi on ne dit pas « salope » tout simplement, car c’est ce qu’on entend dans la rue. Après c’est assez hypocrite qu’un distributeur achète un film ultra violent avec beaucoup de dialogues vulgaires pour ensuite demander à ce que ces insultes n’y figurent pas telles quelles.

Pourtant très souvent dans les séries que je vois les jeunes vont avoir un style de langage totalement inadapté. Par exemple on ne verra jamais un gamin dire « merci à vous », ça sonne faux. Donc parfois même si ça colle parfaitement aux mouvements des lèvres, dans ce cas là à « thank you », même si c’est synchro, il faut savoir qu’il y a des conventions et certaines choses ne peuvent que rarement être traduites autrement. Il ne faut pas chercher à tout prix à être synchro au risque de ne pas paraître naturel. Je vois parfois que des adaptateurs en rajoutent pour coller parfaitement à la synchro mais ce sont des choses qu’on ne dirait pas en français.