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J’ADORE HUCKABEES
de David O. Russell
Par Frédéric FOUBERT

SYNOPSIS : A la tête de la Coalition des Espaces Verts, qui milite contre l’urbanisation sauvage de l’Amérique, Albert Markovski est témoin d’une série de coïncidences troublantes dont le sens lui échappe... N’ayant rien à perdre, il fait appel à Bernard et Vivian Jaffe, deux "détectives existentiels", pour tenter d’y voir plus clair. Au cours d’une enquête peu banale qui bouleverse tous ses points de repère, Albert se retrouve en conflit ouvert avec Brad Stand, jeune cadre ambitieux d’une chaîne de grandes surfaces peu soucieuse d’écologie. Mais lorsque Brad engage les mêmes détectives, Albert décide de s’en remettre à la célèbre Catherine Vauban, l’ennemie jurée des Jaffe...



On était sans nouvelles de David O. Russell depuis ses Rois du Désert en 1999. Le revoici enfin avec J’adore Huckabees, nouvel opus qui permet de le localiser encore plus sûrement (s’il en était besoin) sur notre carte perso des Etats-Unis d’Amérique, où se bousculent les jeunes cinéastes qui comptent. Avec ses confrères Wes Anderson, Sofia Coppola, Paul Thomas Anderson et le trio infernal Gondry / Kaufman / Jonze, il forme incontestablement une vraie famille, discrète (petit affluent plus que fleuve torrentiel, vague caressante plus que lame de fond), dont le film matriciel pourrait bien être le Lauréat de Mike Nichols : même volonté timide de contester l’ordre établi, crise identitaire et désordres sentimentaux à l’avenant, le tout porté par une pop-music nostalgique et un goût affiché pour la comédie, l’absurde et la dépression.

Cette génération-là essaie le plus possible de se débarrasser de l’écrasante histoire du cinéma qui la précède pour proposer de nouvelles pistes à ses questionnements teenage. D’où la mise en place de systèmes, véritables cellules de crise conceptuelles, pour enchâsser la narration : c’est l’aventure sous-marine de La Vie Aquatique, le déplacement géographique dans Lost in Translation, l’exploration mentale dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, ou, dans J’adore Huckabees, la querelle philosophique.

Albert Markovski, le jeune héros du film, tente de résoudre son désordre intime (son utilité sociale, sa place dans l’univers) en faisant appel à un couple de « détectives existentiels », qui entament alors leur enquête, mélange de filature à l’ancienne et d’interrogations métaphysiques. Huckabees s’amuse très vite à brouiller les pistes, en multipliant les personnages secondaires et les réponses aux questions posées. On croisera donc Isabelle Huppert en rivale intellectuelle de nos détectives, un Africain énigmatique, des paumés et des puissants, la chanteuse Shania Twain, le Tout et le Rien, l’ordre du monde et son chaos. Comme dans Eternal Sunshine, on retrouve chez David O. Russell l’obsession pour les petits théâtres mentaux, constructions de l’imaginaire plus bricolo-rigolo qu’effets spéciaux épate-bourgeois. Les tentatives d’invention visuelle et les chausse-trappes du récit sont ici au service de l’exploration d’une fêlure intime. Et le film entier, qui clame la nécessité de la crise et de la dépression pour trouver sa place sur la terre, de se mettre au diapason.