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HANNA SCHYGULLA
Actrice
Entretien réalisé à Paris
en 2005 par Donald JAMES

De L’amour est plus froid que la mort où elle traverse l’écran nue, à Lili Marlen où elle incarne une chanteuse éplorée idole de l’Allemagne nazie, en passant par l’asphyxie d’Effie Briest, jusqu’au grand mélodrame féminin des Larmes amères de Petra von Kant, l’actrice égérie modelée par le Pygmalion du cinéma allemand est devenue aujourd’hui l’ambassadrice au regard subtil, aiguisé et sentimental, du bourreau Fassbinder.



Objectif Cinéma : Lors de votre présentation au Centre Pompidou de L’amour est plus froid que la mort, vous avez dit qu’avec Fassbinder vous étiez tout le temps dans le paradoxe...

Hanna Schygulla : L’art, en général, fait coexister deux opposés sans qu’il y en ait un qui efface l’autre. Dès le début, il y avait chez Fassbinder un côté qui l’emportait. Il y avait en lui le plaisir de déranger, de provoquer, de bousculer la tranquillité. Le titre de son premier film L’amour est plus froid que la mort en témoigne. Le paradoxe se retrouvait également dans l’association de nos deux personnalités. Alors que je manifestais le besoin de me retrouver dans des rapports intimes, lui avait constamment besoin d’un entourage.

Objectif Cinéma : Dès le début Fassbinder vous a donné le rôle d’une jeune femme qui a envie de se caser...

Hanna Schygulla : Il partait souvent du cliché pour arriver à ce qu’il voulait, notamment celui qui veut qu’une femme aspire à la stabilité et à la protection d’un homme et qu’un homme au contraire se sente maître de la situation, explorateur, aventurier... Il a montré que même chez les marginaux, le besoin d’avoir sa place, d’être protégé dans la société existe. Sa sympathie allait vers eux. Dans le même temps ces personnages assez purs évoluent dans un monde fondé sur le crime et sur l’exploitation.

Objectif Cinéma : Ingrid Caven, Irm Hermann, Hanna Schygulla, les femmes sont au fondement du cinéma de Fassbinder ?

Hanna Schygulla : Les femmes sont très souvent soumises dans ses films. Pour lui, le sado masochisme était un reflet intime très réel des rapports de domination entre les hommes et les femmes. Les femmes acceptent avec un certain plaisir la domination. Mais lorsqu’elles arrivent à se défaire de leur masochisme, les femmes sont porteuses d’avenir. Elles vont de l’avant, sont audacieuses.