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LEIGHTON PIERCE
Impression Soleil Levant
Par Cécile GIRAUD

Leighton Pierce est une figure à la fois diffuse et entêtante du cinéma « expérimental » (dans la mesure où il évolue dans une sphère qui ne correspond pas à celle du cinéma dominant). Diffus et entêtant, c’est aussi la façon dont apparaît son cinéma, du domaine des sensations plus que de l’intelligible. On le définira alors comme Jacques Aumont comme un cinéma-de-couleur-et-de-matière. Huit de ses films étaient présentés dans le cadre du festival Némo en 2005 au Forum des Images.



Lorsque l’on voit Water Seeking its Level ou The Back Steps pour la première fois, souvent sur un petit écran malheureusement, il est difficile de déchiffrer les images qui s’offrent à nous. Nous sommes en proie à des vagues de couleurs, lentes et fluctuantes, à des sons qui nous sont familiers mais que l’on entend plus si souvent dans les grandes villes et qui nous renvoient toujours à notre enfance : le bruit d’un feu de bois et du crépitement des bûches qui se disloquent peu à peu, le clapotis de l’eau qui coule dans un petit ruisseau... L’eau qui coule librement est sans doute le son qui revient le plus souvent dans l’œuvre de Leigthon Pierce et qui pourrait être sa plus parfaite définition, car les images de ses films se présentent comme un flux continue. Les images se diluent, se mêlent les unes aux autres, les corps se meuvent dans des ballets de couleurs, semblant se liquéfier, puis presque s’évaporer, comme si l’on ne pouvait pas retenir l’image, que celle-ci n’était pas incrustée sur le support numérique (ou argentique pour ses premiers films) qu’il utilise, mais qu’elle pouvait disparaître à tout moment. Etrangement, les images que filme Pierce sont fugitives, fugaces, les éléments sont volatils (la chaleur d’un feu de bois), ou liquides (un petit cours d’eau), les mouvements sont rapides. Mais ces instants précieux menacés par leur caractère intrinsèquement éphémère se transforment en moments d’éternité. Quelques pas se transforment sous nos yeux en valse spiroïdale, le bois semble figé dans sa combustion ainsi que l’eau dans sa course. Le temps est alors suspendu, combien de minutes ou d’heures ont bien pu durer ces quelques images ?

Leighton Pierce travaille sur la persistance des images. Celles qui ont marqué notre enfance, comme cette petite fille qui met ses mains dans l’eau du ruisseau ou le petit garçon qui fête Halloween, celles qui marquent notre vie d’adulte, mais aussi les images de cinéma qui sont amenées à nous hantées, telles les images qu’il nous propose. Leighton Pierce interroge notre mémoire à partir de nos sens et semble nous proposer des images mentales. Il retranscrit ce qui est de l’ordre de l’indicible et de l’indescriptible grâce aux images ralenties et presque abstraites si quelques points de repères ne nous étaient pas donnés (main d’enfant, mèches de cheveux...).