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LES BANDES
DU SOUS-SOL #2

DA FUNK

de Daft Punk (1996)
Réalisé par
Spike Jonze
Par Stéphane KAHN

À l’heure où le clip investit des espaces traditionnellement réservés au septième art (festivals, cinémathèques, etc.), alors que certains réalisateurs de clips sont maintenant reconnus comme de brillants inventeurs, relevons que c’est paradoxalement dans une forme impure et intrinsèquement commerciale que s’exprime parfois le mieux le cinéma. Pas d’approche exhaustive ou historique pour cette chronique mensuelle puisqu’il s’agira plutôt de s’attarder très subjectivement sur des produits mettant en question la représentation de l’artiste et interrogeant pertinemment le rapport entre musique et cinéma, entre commande et œuvre d’art. Mettre en pause le flux télévisuel pour y dénicher les fleurs dans la poubelle, les perles d’un genre dont la médiocrité globale ne doit pas dissimuler les trésors...



VIREE NOCTURNE AVEC L’HOMME A LA TETE DE CHIEN

Si un clip sert objectivement à vendre une musique, la question se pose toujours, pour le réalisateur, de savoir ce qu’il va faire de l’interprète de la chanson. Le filmera-t-il dans ses œuvres, guitare ou micro à la main ? Tentera-t-il de lui faire jouer la comédie ? Le montrera-t-il en train de chanter, de danser ? Regardera-t-il la caméra ou fera-t-il comme si elle n’était pas là ? Bref, comment se situer, en tant que réalisateur, par rapport à la performance de l’artiste ? Ces questions, la musique électronique a donné l’occasion de s’en affranchir en partie en permettant aux réalisateurs de se concentrer sur la musique, de ne plus forcément avoir à s’occuper de l’ego des artistes, de leur meilleur profil ou de leur garde-robe. Terminé dès lors le règne des clips alternant mécaniquement semblant de fiction et scène de live, ces clips où le groupe s’employait à délivrer en playback une prestation faisant illusion tandis que le chanteur tentait de jouer - plus ou moins bien - la comédie. Bienvenues, au contraire, aux expériences les plus expérimentales, les plus abstraites, de celles cherchant à trouver un équivalent visuel aux boucles de la musique (voir, par exemple, le chorégraphique Around the World de Michel Gondry pour Daft Punk, ou encore son hypnotique Star Guitar pour les Chemical Brothers). Car c’est bien avec la musique électronique, qui lui permit de s’affranchir un temps des exigences du star-system, que le clip s’est rapproché d’un cran de son grand frère, le cinéma expérimental. Pourtant, dès 1996, Da Funk, s’il confirmait d’un côté la disparition de l’artiste à l’image, ravivait d’autre part la prééminence de la fiction.