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THE TAKE
d’Avi Lewis
et Naomi Klein
Par Philippe CHAPUIS

SYNOPSIS : A la suite de la crise économique argentine de 2001, trente ouvriers au chômage dans la banlieue de Buenos Aires occupent leur usine abandonnée par les patrons et refusent de la quitter. Ils demandent le droit de faire repartir les machines, de reprendre le travail. Freddy Espinosa, président de la nouvelle coopérative des ouvriers de La Forja, et Lalo Paret, activiste du Mouvement National des Entreprises Récupérées, vont faire face, avec leurs camarades, à leurs anciens patrons, aux banquiers et au système tout entier...


LE REEL A-T-IL BESOIN D’ETRE SCENARISE
POUR ETRE FILME ?

Le film The Take, produit par la télévision canadienne a été écrit et réalisé par deux journalistes : Avi Lewis et Naomi Klein - connue pour son livre No Logo. Il est le fruit d’une longue enquête en Argentine auprès de ceux qui licenciés d’entreprises dites “ non rentables ”, selon les critères comptables de la compétition mondialisée, et ne supportant pas de voir leur usine tomber à l’abandon tandis qu’eux-mêmes meurent de faim, ont décidé de se réapproprier leur outil et de se remettre au travail. Réunis au sein du Mouvement National des Entreprises Récupérées, ils sont parvenus à remettre en route près de 200 entreprises abandonnées tout en créant 15000 emplois. Les deux auteurs sont canadiens et expliquent qu’ils ont fait ce film pour répondre à tous ceux, dans les médias ou ailleurs, qui leur demandent ce qu’ils ont à proposer, eux qui critiquent le capitalisme. Leur intention et leurs parti-pris sont donc clairs dès le départ. Le film cependant l’est moins. Si l’idée de s’intéresser à la reconquête d’une usine par un groupe d’anciens ouvriers est tout à fait passionnante, la manière de le montrer (ou plus précisément de le raconter), en se coulant complètement et sans le moindre recul dans le modèle scénaristique laisse en revanche perplexe.

En effet, montrer la réalité telle qu’ils la perçoivent ne suffit pas aux deux journalistes. Alors même qu’ils disposent d’un vaste matériau (fruit de plusieurs tournages à différentes périodes) qui permettrait de rendre compte des événements de manière à la fois concrète et complexe, ils choisissent par le montage (ainsi que l’ajout de voix off et de musique) de substituer un récit à l’acte de montrer. Ce faisant, ils orientent dans un sens assez didactique les événements en niant de fait la part de réel irréductible qui dans tout événement résiste à l’interprétation. Ainsi, même s’il s’appuie sur l’expérience de personnes réelles, le film repose complètement sur le modèle de la fiction hollywoodienne type.