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JAMMIN THE BLUES
de Gjon Mili
Par Nicolas VILLODRE


FLASH BACK

Gjon Mili (1904-1984), né en Albanie, émigre aux États-Unis en 1923 et devient américain. Il poursuit des études d’ingénieur au Massachusetts Institute of Technology où il fait la connaissance du savant et photographe Harold Edgerton (1903-1990) et où il attrape le virus de la photographie. Edgerton met au point dans les années 30 la photographie et le film stroboscopiques. Grâce à l’effet stroboscopique du flash électronique de son invention et à ses éclairs d’une fraction de seconde, il capture, analyse puis recompose le mouvement un peu à la manière de l’inventeur de la chronophotographie, Etienne-Jules Marey. Le MIT parvient à prendre des photos en des temps de pose de plus en plus courts (jusqu’au millionnième de seconde), avec des appareils photos chargés de pellicule ultra-sensible et des caméras film à très grande vitesse qui, avec leur système d’entraînement réduisant le frottement de la pellicule, enregistrent des films pouvant être ralentis à l’extrême. Les photogrammes de ces films, pris un à un, sont étonnamment nets.

Proches de l’esthétique et de la poésie de Marey, Harold Edgerton et son disciple Gjon Mili ont les mêmes préoccupations plastiques que les peintres futuristes, adeptes du photodynamisme, les frères Bragaglia. Les travaux d’Edgerton et Mili portant sur le ralenti, la décomposition du geste et la prise de vue multiple inspireront à leur tour des cinéastes expérimentaux comme Norman McLaren, à qui l’on doit deux films de danse traitant de l’analyse du mouvement : Pas de deux (1968) et Ballet adagio (1972). Parmi les clichés d’Edgerton les plus saisissants (dans tous les sens du terme) on retient généralement ceux qui montrent l’explosion d’une goutte de lait (1930), un bol de café se brisant (1933), un coup de pied de footballeur américain déformant complètement le ballon (1934), le geste du golfeur ou du tennisman (1938) et la trajectoire d’une balle fusil de calibre 30 traversant une pomme ou tranchant une carte à jouer (1964).

En ce qui le concerne, Gjon Mili, qui est le premier photographe professionnel à avoir utilisé la stroboscopie pour créer des photos pour la presse, mettra au point une lampe au tungstène destinée à la photo en couleurs. À partir de 1939, il travaille pour Life et pour d’autres magazines prestigieux. Opérant surtout en studio, dans une église désaffectée de Monclair, dans le New Jersey, Mili fait partie du courant pictorialiste qu’on a parfois opposé à celui de la candid photography opérant tout au contraire en plein air, sans le souci de l’éclairage, du cadrage ou de l’angle de prise de vue. Il se distingue aussi des photographes constructivistes soviétiques dont le plus fameux est Alexandre Rodtchenko, qui créent de véritables compositions tout en travaillant sur le vif, ou encore de ce ceux du courant allemand de la Nouvelle Objectivité, qui cherchent des points de vue nouveaux, de nouveaux angles et des détails généralement piochés dans le réel.