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JEAN-PIERRE LEAUD
Acteur
Par Nicolas ONNO

ACTEUR-MEDIUM

C’est un peu comme une apparition. Par moments, l’« enfant terrible » du cinéma français surgit, au gré de ses facéties et de ses rôles. Il passe dans ses films comme s’il n’avait rien à y faire, sans en avoir l’air. Peut-être Jean-Pierre Léaud n’est-il pas acteur ?



Il donne parfois l’impression de parasiter les films dans lesquels il se trouve. Un peu par hasard. Jean-Pierre Léaud est un acteur étrange. Mais peut-être aussi un maître à jouer. Tout en inspiration, en distanciation, en art de l’esquive. Probablement incapable de répondre à quelque impératif que ce soit, le comédien avait, semble-t-il, adopté une autre stratégie que celle de la sacro-sainte « performance d’acteur ».

Le gamin gouailleur et malicieux des Quatre Cent Coups (1959), de Truffaut, avait sidéré le jeune cinéma français des années 1960. Agé de quatorze ans, il s’y révélait d’une justesse folle - « Ma mère est morte ! Bah oui ! Elle est morte ! » -, stupéfiant de spontanéité et de liberté dans l’improvisation. Sa bouleversante prestation avait ému le festival de Cannes 1959, en particulier Jean Cocteau, président d’honneur du jury, qui lui offrit l’année suivante un petit rôle dans Le Testament d’Orphée. Plus tard, il deviendrait l’acteur fétiche - et symbole - de la Nouvelle Vague.

L’art de l’emphase

Le jeune homme, apparente neutralité dans la voix, mèche rebelle et passant nerveusement la main dans ses cheveux, paraissait se délecter de son inconséquence et de sa nonchalance experte face aux événements. Plus qu’un je-m’en-foutisme savamment étudié, sans doute cette attitude trahissait-elle les interrogations inhérentes à l’esprit libertaire de la fin des années 1960. La gestuelle alambiquée, le mouvement ample s’accordant parfaitement avec un ton de voix subtilement partagé entre ironie et détachement, Jean-Pierre Léaud avait créé son propre personnage, jouant de l’emphase et de son absurdité.