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THE KID STAYS
IN THE PICTURE

de B. Morgen & N. Burstein
Par Frédéric FOUBERT

SYNOPSIS : The Kid stays in the picture retrace la fulgurante ascension, la chute puis de nouveau l’ascension de Robert Evans, le légendaire producteur hollywoodien du Parrain, de Rosemary’s baby et de Love story. Adapté de l’autobiographie de Robert Evans, qui en assure lui-même le commentaire, ce documentaire retrace la vie de ce personnage hors du commun qui fut d’abord une star de cinéma avant de passer à la production.



On n’en finit pas de mythifier le nouvel Hollywood des années 60-70. Après la saga des réalisateurs (Easy Riders and Raging Bulls, le bouquin de Peter Biskind), voici une autre pièce à verser au dossier, la bio de Robert Evans, producteur aussi mégalo que les cinéastes-démiurges de l’époque, chief executive à la Paramount, où il a aligné les chefs-d’œuvre comme d’autres enfilent les perles : Rosemary’s Baby, Le Parrain, Serpico, Chinatown... Les réalisateurs de ce documentaire, Brett Morgen et Nanette Burstein, ont respecté à la lettre l’adage fordien (« imprimez la légende ») en se foutant royalement d’une quelconque vérité historique pour mieux laisser libre cours à la version du principal intéressé, forcément plus dorée et exaltante. C’est donc Evans qui narre ici, en off, sa propre vie. Monologue quasi ininterrompu de 1h30, qui ne lasse jamais, car, outre la matière diablement excitante, c’est la voix même du bonhomme qui fait tout le prix de la chose : voix pâteuse du type qui a bu trop de bourbon, détachement sarcastique et jamais nostalgique d’un homme qui arrive à raconter sa vie comme un condensé fulgurant de littérature hard-boiled, Evans vous fait son boniment comme un arracheur de dents.

Robert Evans : gueule d’amour, millionnaire à 25 ans, veine insensée du lucky bastard à qui tout sourit, détestable et fascinant, le genre de type qui arrive à convaincre Kissinger, en plein bourbier vietnamien, d’assister à la première du Parrain, et qui fait se côtoyer dans son salon toiles de maître et photos de vacances avec son copain Jack Nicholson. Evans a d’abord été acteur (d’ailleurs, a-t-il jamais cessé ?). Dans l’adaptation d’Hemingway, The Sun also rises, il est le matador qui fait tourner la tête d’Ava Gardner. Pendant le tournage, Ava la star et Ernest l’écrivain le trouvent tellement mauvais qu’ils demandent qu’on le renvoie. Darryl Zanuck arrive en Espagne, regarde les rushes et a ce mot définitif : « The kid stays in the picture » (« le gosse reste dans le film »). Tout le monde la boucle et Evans, plutôt que de s’imaginer en nouveau Clark Gable (il sait lui-même qu’il joue comme un cochon), rêve de devenir quelqu’un comme Zanuck, celui qui a le dernier mot sur le plateau. Il y arrive en moins de dix ans, en déployant des trésors de charme, d’intelligence et de filouterie.