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CHAMP / HORS CHAMP
Par André-Michel BERTHOUX

Le champ correspond à ce que le réalisateur, par le choix de son cadrage, a voulu imprégner sur la pellicule. C’est la partie du réel visible à l’écran. Hors de ce cadre, existe un espace non visible par le spectateur, appelé hors champ. Le rapport, parfois conflictuel souvent complexe, entre ces deux espaces varie selon les cinéastes.



Chez Hitchcock, par exemple, le hors champ finit toujours par intégrer le champ. Je ne parle pas du classique champ / contre-champ mais du procédé désormais célèbre et maintes fois commenté du « voyant-vu » (1) (ou du « regardant-regardé »), système utilisé dans la plupart de ses films, à tel point que l’on peut dire qu’il caractérise l’un des éléments de la stylistique hitchcockienne. Il consiste à filmer tout d’abord la personne qui regarde, puis ce sur ce quoi porte son regard, son champ de vision, associant pour chacun des plans un mouvement de caméra spécifique essentiel (un travelling avant, arrière, latéral ou circulaire) au déplacement de la personne. Ce procédé crée une tension chez le spectateur, l’univers hitchcockien devenant un monde clos duquel rien ne semble lui échapper. Hitchcock l’associe dès lors, par une identification forte, à son penchant pour le voyeurisme qui, selon Stanley Cavell, « n’est pas simplement l’un de ses sujets de prédilection (explicitement dans Fenêtre sur cour et Psychose), mais une humeur dominante de l’ensemble de sa narration », ce « voyeurisme narratif » étant «  la manière dont Hitchcock met en abîme le moyen d’expression du cinéma, dont une des conditions est que l’on visionne des sujets depuis un état d’invisibilité ». (2)

Dans Psychose, le voyeur Norman Bates devient à son tour sujet de laboratoire. Nous entrons dans sa chambre ; les souvenirs et les objets de son enfance nous sont révélés. Nous pénétrons, avec une certaine indécence, dans sa vie intime, dans le lieu de sa fracture, de sa souffrance. Alors que Norman regardait, à travers le trou creusé dans une paroi, la femme tant désirée mais inaccessible, nous autres spectateurs, sans vergogne, nous apprenons tout de lui. Pour finir, le psychiatre parachève cette observation méticuleuse d’un point de vue scientifique qui, par son diagnostic, fige à jamais cet être dans un univers définitivement refermé sur lui-même que nous pensons avoir saisi et fini par accepter. Notre soulagement est à ce prix.