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Les événements subséquents seront présentés de manière quasi didactique, la caméra n’étant là que pour enregistrer une réalité qui lui échappe. Humiliation, premiers actes de torture sur le garçon dont la tête est enserrée dans une housse de cousin avant qu’il soit frappé lors de ses manifestations de résistance. Quelques entorses au mode de narration seront constatées : l’un des deux assassins s’adresse en effet directement au spectateur à plusieurs reprises , le prenant à partie, et le cours du récit sera modifié lorsque l’autre assassin se fera tuer, son acolyte se saisissant alors d’une télécommande pour remonter le cours du temps et empêcher cet acte. Le réalisateur abandonne par conséquent son invisibilité pour prendre du recul par rapport à l’histoire et impliquer le spectateur.

Le but est transparent : refuser tout salut possible aux héros traditionnels et leur réserver une mort certaine. Sa raison d’être reste fuyante : présenter la violence comme un phénomène pure n’ayant pas d’autre raison d’être qu’elle même et s’exerçant naturellement. Les assassins ne semblent pas pour autant dirigés par leur libre arbitre et le crime pour le crime procède avant tout de la folie furieuse et non du goût du raisonnement interdit comme dans la Corde de Hitchcock. Ils se présentent eux-mêmes comme des drogués issus de familles à moitié dégénérées même si leur discours ne peut bénéficier d’un crédit aveugle.

Une contradiction apparaît lors de la mise à mort du garçon. Alors que le spectateur semble être directement convié à assister à un processus de total anéantissement, la caméra n’enregistre pas cette mort qui se déroule hors champ. Haneke choisit de s’intéresser à la préparation d’un sandwich en cuisine lorsque la détonation se fait entendre sans que cela trouble l’activité culinaire de l’assassin. Lorsque celui-ci retrouve le séjour, le corps de l’enfant est étendu à même le sol, et la caméra insiste très longuement sur le sang baignant une télé 16/ 9ème. Une justification sera brièvement entendue : « il a cherché à s’enfuir ».

Cette contradiction des effets n’est certainement qu’apparente. Haneke ne peut à cette étape du récit plus guère cacher les motivations de son discours. La débauche de violence se passant dans le cadre n’est nullement un témoignage pris sur le vif d’une impitoyable réalité ainsi auréolée d’une dimension philosophique, le spectateur étant forcé à regarder ce dont il adore se repaître afin qu’il comprenne à quel point ses instincts le déshonorent. C’est ce seul travail sur le hors champ qui le démontre. Le réalisateur s’amuse, alors qu’il avait déclaré tout montrer pour le plus complet succès de son expérience, à cacher l’objet de son film pour en décupler les effets en un effet de voyeurisme obscène et malsain.