Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

FOUND-FOOTAGE
Sur quelques films de Siegfried A. Fruhauf
Par Cécile GIRAUD

Jeune réalisateur autrichien, Siegfried A. Fruhauf s’inscrit dans la veine du cinéma expérimental autrichien dominée par le found-footage, le réemploi d’images. C’est à la Semaine Internationale de la critique qu’il a présenté son dernier film : Mirror Mechanics, qui passe à L’Etrange Festival dans le cadre du programme courts.



Mirror Mechanics est le résumé parfait du réalisateur et de son travail. Le miroir qui reflète, loin de reproduire fidèlement ce qui passe devant lui inverse l’image qu’on lui propose. Il est énigmatique tout en semblant dévoiler un mystère, tout comme le jeune réalisateur qui jamais ne révèlera tout à fait ce qui le pousse à faire des films et surtout comment il les fabrique. Le mécanique, c’est ce qui obsède Siegfried Fruhauf depuis son premier film, La Sortie : les personnages font partie de la matière, leurs gestes sont étudiés et répétés, la pellicule sort de ses gons. Là aussi, ce qui semble être dévoilé (la matière) apparaît comme encore plus impénétrable. Comment peut-on manipuler l’image et la matière à ce point, comment fait-il pour les mener à une telle limite ?

Chaque film de Siegfrief Fruhauf semble être un point de non-retour, une technique poussée à l’extrême.

La Sortie, son premier film, réalisé en 1998, est un évident hommage et détournement du premier film Lumière (La sortie des ouvriers de l’usine), tout comme L’Arrivée était l’hommage de Peter Tscherkassky à L’arrivée du train en gare de la Sciota. Les images utilisées ne sont pourtant pas celles du film originel mais prennent leur place presque sans que cela ne fasse une différence. Quatre hommes marchent vers nous dans le couloir de l’usine. Derrière eux une femme passe avec un chariot. Subrepticement, l’image change, le positif et le négatif s’inversent, le tempo s’accélère jusqu’à arriver à un point limite : l’image accélérée se fige et crée un arrêt sur image. Siegfried Fruhauf en revient alors aux théories de l’inventeur du cinéma expérimental autrichien, aficionados du found-footage, Peter Kubelka, pour qui le cinéma n’est qu’une succession d’images fixes et qui inventa le cinéma sériel, basé sur la succession d’écrans noirs et blancs dans une savante combinaison mathématique. Le cinéma, c’est le rythme, et c’est aussi ce que nous dit Fruhauf avec La Sortie. Cette première œuvre se place donc directement dans une tradition, le found-footage, l’hommage (à Peter Kubelka), et une influence (celle de Peter Tscherkassky). Fruhauf se présente comme un descendant, un élève, la troisième génération du cinéma expérimental autrichien, mais va également plus loin, et propose une patte qui n’aura de cesse de s’affirmer dans toute sa diversité.