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Le regard de Stéphane, sans être sombre, est opaque, et ne dégage aucune lumière, aucun magnétisme, il scrute, et remarque sans doute tous les détails de ce banal épisode, la marque des voitures qui circulent ou la couleur des parapluies. Ce regard ne se pose finalement sur Camille que lorsque la jeune violoniste lui demande si c’est Maxime, son compagnon et le collègue de Stéphane, qui lui a demandé de venir au studio. Même alors, dans ce début de conversation sur le mode impromptu, le personnage ne peut empêcher son regard de repartir vers la rue, les passants, et le ciel. Par cette simple attitude, Stéphane apparaît comme un être qui a choisi sa position, et qui en un sens la revendique, celle de l’observateur distant et attentif, spectateur d’un monde dont il ne se considère pas comme faisant vraiment partie. Spectateur aux aguets, et surtout pas acteur, en attente de quelque chose qui en vaille la peine, à moins qu’il ne soit déjà résigné.

Le regard de Camille est bien différent. Elle aussi observe les passants, mais pas à la manière distante et éphémère de Stéphane ; elle semble au contraire chercher par l’observation une solution à son propre problème ponctuel. Une passante avec un parapluie bleu passe devant elle pour s’engager résolument sous l’averse, Camille la suit du regard plusieurs secondes. La phrase de Stéphane « on dirait que ça tombe moins » tombe déjà en retard, la décision a été prise par la jeune femme de courir maintenant vers le café au coin de la rue. Largué - aucune description qui équivaudrait le terme -, Stéphane tente bien de rattraper ce retard en proposant sa veste que la violoniste accepte, mais on est fatalement dans la convention, dans le respect d’un ordre établi et d’une réaction quasi automatique, en aucun cas dans la spontanéité désintéressée, ce qui constitue une bien faible (et décevante) réponse aux velléités d’actions de la jeune femme. Le sourire, et l’œil pétillant de celle-ci lorsque Stéphane lui offre sa veste, viennent confirmer ce sentiment, couronnant par là même ce que leurs regards ne cessent de nous dire : ils n’ont aucun avenir ensemble.

Il est précisément intéressant de remarquer à quel point Stéphane est régulièrement pris de vitesse dans cette scène par Camille. Certes, il a eu la première initiative en proposant d’aller prendre quelque chose, mais cette initiative est recouverte par celle de Camille qui s’engage sous la pluie quand Stéphane marque une hésitation. Puis c’est elle qui propose de quitter la protection de l’auvent, et lui, manifestement peu à son aise dans pareille situation, est encore dans la réaction, malgré le prêt de sa veste, que Camille accepte immédiatement, comme si elle accordait déjà toute sa confiance à celui à qui elle a confié son bien le plus précieux, son violon. Ce décalage permanent, que Stéphane mal à l’aise ressent frontalement tandis que Camille n’en a absolument pas conscience renforce encore le sentiment que les deux protagonistes fonctionnent manifestement sur des rythmes différents. Comment dès lors peuvent-ils s’accorder ?