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DURA LEX
de Stephen Adly Guirgis, mise en scène de
Marianne Groves
Par Bernard PAYEN
Photos de Florence DUGOWSON

SYNOPSIS : Angel est arrêté pour avoir logé une balle dans les fesses du gourou de la secte qui détient son meilleur ami. Il est transféré en quartier d’isolement sur l’île prison de Riker’s, ou chaque jour, à l’occasion de l’heure réglementaire en cage d’extérieur, il est confronté à Lucius. Lucius a rencontré Dieu pendant son incarcération, et entreprend de convertir Angel... Pendant ce temps, Mary Jane, l’avocate, se prend de compassion pour Angel et prépare son acquittement. Lucius est exécuté. Angel écope de 35 ans de prison. Mary-Jane est rayée du barreau.



POINT DE VUE

Déroulant son huis clos derrière les barreaux d’une prison, Dura lex, adaptation française d’une pièce américaine de Stephen Adly Guirgis créée en juillet 2005 par Marianne Groves à Avignon off, est curieusement très cinématographique. Question d’atmosphère et d’intensité avant tout. Du début (des éclats de voix de prisonniers dans l’obscurité) à la fin (le visage angélique d’un condamné qui gueule ses remords à la face d’un monde cynique) en passant par son centre, l’affrontement continu de deux corps en souffrance (Lucius, le serial killer qui avait trouvé la foi, face à Angel, le jeune homme qui a tué un révérend pour sauver d’une secte son meilleur ami) portés par l’énergie du désespoir.

La pièce de Stephen Adly Guirgis est une vraie découverte, un petit joyau noir et dur, aussi incassable qu’il peut exploser en mille morceaux à l’image de cette marque de verre très connue. Ce paradoxe domine la pièce, où émerge dès les premiers instants une parole secouée, désordonnée, aussi désaccordée que rythmée. Une parole forte, mémorable, tout en étant étrangement fragile, presque sur le fil.

Dura Lex Sed Lex, « La loi est dure, mais c’est la loi ». On sort de la pièce exténué, éprouvé, bouleversé d’avoir été mêlé l’espace de deux heures à des sentiments vifs et contradictoires. Deux hommes ont tué, pourtant il est impossible de les condamner totalement. Lucius (interprété par un Edouard Montoute passant allégrement de la comédie pure à la gravité profonde) apparaît inquiétant dans sa volonté d’entraîner Angel dans son inévitable chute, tout en cheminant vers la rédemption. Quant à Angel (incarné par un Dimitri Storoge saisissant), il touche par sa capacité à faire perdurer l’innocence de son jeune âge par ses emportements et son entêtement à ne pas se sentir coupable du meurtre qu’il a commis.