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LE CONCOURS DE SORTIE DU CONSERVATOIRE
Juin 2005
Par Nicolas VILLODRE

Fin juin, en même temps que les collections de prêt-à-porter printemps-été prochain, ont eu lieu à Paris les présentations publiques des promotions des deux principaux conservatoires d’art dramatique français. Celui de Strasbourg (plus précisément l’« atelier » dirigé par Laurent Gutmann au TNS) a interprété, sous la forme d’un spectacle unique, Les Estivants de (ou plutôt d’après) Maxime Gorki (1904) au Théâtre de La Cité internationale, dans une mise en scène d’Adèle Chaniolleau et Laurent Gutmann. D’après nos informations, ces représentations ont confirmé les qualités de plusieurs comédiens issus du TNS, en particulier de Clémence Larsimon, Anne-Laure Tondu, Denis Eyriey et Stéphane Szestak, qu’on devrait retrouver sur scène en tant que professionnels dès la rentrée.



Celui de Paris (l’« atelier » de troisième année dirigé par Julie Brochen et Françoise Rondeleux, assistées respectivement de Sabrina Delarue et Vincent Leterme) a proposé un double (et très copieux, sans doute trop pour un public non fanatisé ou simplement sans lien de parenté avec les comédiens) programme juxtaposant des morceaux choisis de pièces, de textes poétiques, de déclarations de Bertolt Brecht et, surtout, de ses chansons composées essentiellement par Hanns Eisler (élève de Schönberg, ce musicien finira comme auteur de l’hymne officiel de la R.D.A. ; le compositeur est finement interprété par le comédien Antoine Hamel) et, bien entendu, par l’incontournable, l’alter ego de Brecht, Kurt Weill. Le premier programme était le plus « dramatique », théâtreux, gueulard. Didactique et encombré d’une panoplie d’effets faciles à coups d’acteurs dans la salle (le spectateur est harcelé jusque dans le hall d’entrée et même dans la rue pendant l’entracte), de rideau de fer (faut-il y voir un sens politique et lequel ?) qui ne cesse de s’abaisser et de se relever en couinant et du leit motiv de la reconstitution de l’audition de Brecht (formidablement joué par Thomas Durand) par une commission de chasse aux sorcières américaine d’esprit maccarthyste (effets vite lassants avec cette scène infantile dès le départ, lente au démarrage, paraissant interminable, se déroulant dans l’obscurité) destinés plus à masquer la pauvreté des décors et de la scénographie (la lumière et les costumes étaient au moins travaillés) qu’à valoriser les trouvailles du promoteur de la Verfremdung (la « distanciation », vous savez, cette Méthode où le comédien de théâtre dit « épique », limite schizo, doit se dédoubler, prendre du recul avec son personnage, en être dépossédé, sortir de son corps un peu comme s’il vivait une expérience de voyage astral).