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POUR QUI ? POURQUOI ?
A propos de Douches Froides d’Anthony Cordier
Par Cyril LEGANN

Sur l’affiche, les corps dénudés de trois adolescents, deux garçons, une fille, qui s’enlacent sous la douche. Ce n’est pas très original, mais on se dit « pourquoi pas ? », alléchés par la perspective de voir ces jeunes gens s’acoquiner. L’éternelle configuration du triangle amoureux, thème inépuisable, mais un quelque peu usé, a beaucoup donné depuis Jules et Jim, emblème de la romance à trois.



Il y a eu bien sûr pour les plus illustres Les Roseaux sauvages (André Téchiné - 1994), des américanisations intéressantes comme Deux garçons une fille, trois possibilités (Andrew Flemming - 1994) et plus récemment Le Dernier jour (Rodolphe Marconi, 2004) ou Innocents (Bernardo Bertolucci - 2003). Alors qu’a de nouveau à dire Anthony Cordier sur le sujet ? Pas grand-chose. Pourtant, l’affiche en témoigne, c’est bien le sujet du film, avec cette scène « clé » du plan à trois, particulièrement peu érotique, délivrant ses figures imposées comme le gros plan un peu flou sur des parties de corps difficiles à distinguer, ce montage anti-lyrique, si hypocrite, façon de dire « je montre mais je reste propre ». Car c’est bien là toute l’interrogation qui se pose après avoir vu Douches froides. Le réalisateur se croit-il audacieux dans cette représentation de l’amour à trois sous fond de drame social ?

Quel intérêt pour le spectateur en 2005 de s’infuser une éternelle chronique adolescente timorée, que l’on devine chargée de références (le metteur en scène semble apprécier Ken Loach) mais qui au fond ne fait écho qu’à elle-même et à ce genre qui n’en est pas un, que l’on nomme « jeune cinéma français ». Sa lumière froide, ses acteurs traînants, son refus du jeu dramaturgique, ses interrogations sociales, ses méditations sexuelles. De la « branlette » serait-on tenté de dire, si l’on parvient à y trouver un quelconque plaisir voyeuriste. Et ce n’est pas trop dur avec ce film qui est l’éternelle rêverie du réalisateur pédé fantasmant sur son acteur principal, (Johan Libéreau bien joli, il faut l’avouer), qui interprète un personnage d’hétérosexuel évidemment. D’où quelques plans totalement gratuits sur l’anatomie fort avantageuse du garçon, qui paie de sa personne et est particulièrement crédible par ailleurs. On aurait à la limite pu apprécier une complaisance assumée façon Robert Salis avec Grande Ecole, bien amorcée par les innombrables scènes de douches, mais pourtant, impossible d’y voir un quelconque second degré. Le pire est que le réalisateur ne semble pas conscience de faire un énième film « français », de ce genre qui creuse toujours un peu plus le clivage avec le public. Au contraire, on le sent pétri de bonnes intentions, persuadé, à coup de scènes « sensibles » et de plans « au plus près des acteurs », de raconter quelque chose d’essentiel, d’inédit, de fondamental, alors qu’il n’y a rien dans ce film qui n’ait été vu ailleurs en cent fois mieux.