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OBJECTIF CANNES
Compte rendu du festival de Cannes 2005
Par Donald JAMES

Pendant dix jours, sous un soleil printanier nuancé parfois de fraîcheurs orageuses, les festivaliers se sont emparés de Cannes. Pour votre humble serviteur ce fut un programme de grâce : une chambre à 1 500 euros la nuit au Noga Hilton au frais du généreux site Internet Objectif Cinéma, des plongeons dans les piscines des villas alentours, une confusion entre les bulles de champagnes et les injections de vodka pomme ainsi qu’une excursion sur les îles Lerins suite à la contraction du virus du lemming...



As usual, Cannes joue sans vergogne la carte de l’énorme hiatus entre la montée des marches, sorte de clou fantasmatique d’une starification individuelle, et entre ce dont parlent les films. Drôle d’affiche par ailleurs pour un festival déjà hyper glam, de représenter les 24 marches. Et comme si dans ce dispositif de mise en scène de la mise en scène ne se suffisait pas, la mairie de Cannes avait décidé de démocratiser le quart d’heure de gloire de chacun en vantant la présence d’une centaine de caméras de surveillance censées préserver la sécurité de la croisette. « Souriez, vous êtes filmés », disaient les affiches. On eut beau chercher, on ne vit aucune de ces caméras-là... Mais à Cannes, il faut tourner le dos au strass et au stress et vivre dans les salles. Les écrans gagnés par les démangeaisons, les arrangements et les déraillements de la vie du couple, en interrogeant les bonnes et les mauvaises consciences (sociales, familiales, politiques), en passant par les musiques natives ou les silences crépusculaires, communiquèrent dans une bandaison sans faille avec l’étoile priapique céleste qui ne cessa jusqu’au dernier jour de nous brûler la peau.

Après le choix sublime d’Elephant de Gus Van Sant du jury 2003 mené à la baguette par Patrice Chéreau, après l’excès de bonne conscience anti-bush de la marionnette people Quentin Tarantino récompensant l’année dernière Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, avec l’étrange jury 2005 présidé par Emir Kusturica réunissant Agnès Varda, Javier Bardem, Salma Hayek, Benoît Jacquot, Nantita Das, Toni Morrison, Fatih Akin et John Woo, on pouvait s’attendre à tout. Dans ce climat la Palme d’or décernée à l’Enfant des frères Dardenne a été plutôt une bonne nouvelle.

Toutes sélections confondues, le festival de Cannes est un vivier dans et après lequel la mire peut s’installer durablement. La sélection officielle affichait cette année à travers la crème des cinéastes de notre temps une orientation forte du retour à l’art, à un cinéma d’auteur. Comment ne pas être surexcité à l’idée de recevoir des nouvelles - du monde et du cinéma - de Hou Hsiao-hsien, de David Cronenberg, de Gus van Sant, des frères Dardenne, de Jim Jarmush, de Michael Haneke ou d’Amos Gitaï ? De leur côté, les sélections parallèles jouèrent la carte de la découverte, de l’émergence de nouveaux noms. Tandis que le très bon millésime de la Semaine de la critique donnait à découvrir des premiers et deuxièmes longs métrages, la fenêtre d’Un certain regard s’est particulièrement attachée à représenter le world cinéma, où se trouvaient de petites perles de radicalité. Quant à l’Agence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (L’Acid) elle présentait dix films fragiles - documentaires et fictions - choisis et parrainés des réalisateurs. (Au sujet de la Quinzaine des réalisateurs, lire ici).