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LOLITA
d’Adrian Lyne
Par Pascal RITHNER

SYNOPSIS : 1947 - Nouvelle Angleterre. Humbert Humbert, professeur quadragénaire, prend pension chez Charlotte Haze, une veuve esseulée qui ne tarde pas à lui faire les yeux doux. Humbert joue le jeu, non pour les yeux de la veuve mais pour ceux de sa très jeune fille, Dolores, surnommée « Lolita ». Pour gagner le cœur de cette nymphette, le séduisant mais trouble professeur va entamer un voyage sans retour où le pathétique côtoie souvent le ridicule.


LIAISON FATALE

En 1962, quand Stanley Kubrick adapte le chef d’œuvre de Vladimir Nabokov Lolita, la censure et la critique viennent à bout d’un film qui ne valait pas tant d’acharnement. En 1997, lorsque Adrian Lyne adapte le même roman, le scénario critique se répète avec un film qui ne méritait nullement pareil mépris.

Le postulat avait pourtant de quoi faire frémir le cinéphile le plus tolérant ; à plus forte raison si le dit cinéphile considère Lolita de Nabokov comme l’un des plus beaux romans du monde. Pensez... Dolores, Lo, Lolita, sous la caméra vulgarisante du père de 9 Semaines et ½ et Flashdance. Humbert Humbert, triste et monstrueux héros de l’histoire, devrait-il amener ses glaçons, sa cravache et son carnet de chèques ?

Lo se lancerait-elle dans un « lap dancing » effréné ? L’amateur de belles lettres comme de belles toiles se préparait au pire.

Hier, la critique brocardait Kubrick pour avoir trahi l’œuvre de Nabokov. Aujourd’hui, elle fusille Lyne pour avoir réalisé un « mauvais remake du chef d’œuvre de Kubrick ». Du coup, si l’objet de ce tir groupé n’était pas, contre toute attente, un film réellement attachant et souvent admirable, cette sanction « over the top » émanant d’une critique confondante de fanatisme et peut-être aussi d’ignorance, prêterait à sourire.

Gageons que Lyne, qui a fait des liaisons dangereuses au cinéma sa spécialité (ou son fond de commerce, diront les plus méchants), devait s’attendre à cette bastonnade collective. A l’heure de la bonne conscience en tube et de la chasse aux vieux satyres, une nouvelle illustration de Lolita n’est pas et de loin le projet le plus confortable. Malgré les précautions cinématographiques prises par le réalisateur de L’Echelle de Jacob, le roman de Nabokov reste et demeure tabou aux yeux du plus grand nombre.