Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

33e FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLE
Du 1er au 11 Juillet 2005

Compte-rendu
Par Stéphanie SENET

Ni écrans géants, ni cartes préférentielles. C’est sur l’air de la que s’est ouverte la 33e édition du festival français le plus cinéphile de l’été. A la barre, Prune Engler et Sylvie Pras forment toujours un duo efficace, ancré sur un mélange de sérieux et de disponibilité à toute épreuve. Il n’y a qu’à voir la première veiller sur le sac d’Anna Karina pendant que l’actrice signe ses livres ou croiser Matthieu Amalric en goguette pour comprendre qu’à La Rochelle, on se côtoie sans chichis. Un esprit bon enfant qui fait tout son charme, sans oublier la qualité première de cette manifestation : son ouverture au public. Professionnels du cinéma, critiques et cinéphiles : tous à la même enseigne, à savoir une heure de queue pour les films les plus attendus. Les spectateurs qui ne boudent pas leur plaisir puisque c’est le deuxième festival public le plus couru en France après Clermont-Ferrand. Une satisfaction que ne cache pas les programmatrices : « Nous enregistrons déjà une hausse de 17% de la fréquentation alors que le festival n’est pas terminé » lâche Prune Engler, le sourire aux lèvres.

Il faut dire que la programmation réveille tous les types de cinéphile, depuis l’obsessionnel de la copie jusqu’à l’aventurier dénicheur de nouveaux talents. Pour ceux qui ne jurent que par les grands noms, la quasi-intégrale de Michael Powell, Louise Brooks et Blake Edwards, sans oublier les Bergman avec Liv Ullmann au générique (les plus beaux, bien sûr) et les Godard période Anna Karina, du Petit soldat à Made in USA. Pour les amoureux de l’inconnu, un saut est offert vers les Pays de l’Est avec des films hongrois, macédoniens, croates, tchèques... Pour les plus militants, le festival a programmé l’essentiel de la filmographie du Cambodgien Rithy Panh et du Sénégalais Sembene Ousmane. Pavel Pawlikowski a également fait le déplacement, peu de temps après la sortie française de My summer of love. L’occasion de découvrir ses films précédents, et surtout Transit palace, magnifique errance d’une jeune russe et de son fils échoués sur les côtes britanniques, là où sont parqués les demandeurs d’asile.



RITHY PANH, LA MEMOIRE VIVE

Le réalisateur cambodgien Rithy Panh s’est frotté le premier à l’exercice de la rencontre avec le public. Pour cet enfant du génocide, qui a connu les travaux forcés et un camp de réfugiés avant de s’exiler en France, le ton est grave, sans être tragique (voir aussi l’interview de Rithy Panh). Tout son travail a pour objectif de rendre au peuple cambodgien sa mémoire qui lui a été volée par les Khmers rouges. Une quête qu’il résume en une phrase : « Ce travail de prise de parole est indispensable pour pouvoir tourner la page, réapprendre à vivre, et retrouver le sourire  ». Après avoir été formé à l’Idhec, Rithy Panh a mis dix ans, après son départ, avant de pouvoir fouler à nouveau le sol de sa terre natale. Commence alors un incessant travail documentaire à la recherche des racines de son peuple. En 1989, son premier documentaire, Site 2, aux abords des frontières, sillonne les allées d’un camp de réfugiés situé le long de la frontière thaïlandaise. Un an plus tard, il signe un portrait très poétique du cinéaste malien Souleymane Cissé, pour la collection Cinéma de notre temps conçue par André S. Labarthe et Jeanine Bazin. Chacun des plans s’inscrit dans la démarche du cinéaste africain, pour qui « le cinéma naît dans la violence, corporelle et économique  », citation à l’appui de René Char « Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri  ». Mais Rithy Panh revient inéluctablement au Cambodge où il tourne des documentaires, Bophana, une tragédie cambodgienne, La terre des âmes errantes, S-21 la machine de mort Khmère rouge, Les gens d’Angkor, ainsi que des fictions, moins connues en France mais tout aussi indispensables pour approcher cette colère contenue que chaque Cambodgien porte en lui, très justement mise en scène dans Un soir après la guerre. Son dernier film, Les artistes du théâtre brûlé, qui sortira sur les écrans français le 9 Novembre prochain, dépeint l’univers décrépit dans lequel une troupe de comédiens tente de réveiller la magie du théâtre.