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RITHY PANH
Réalisateur
Propos recueillis lors
du Festival International
du Film de La Rochelle,
en juillet 2005,
par Stéphanie SENET

Retour sur la rencontre à l’occasion de la sortie du coffret DVD Le cinéma de Rithy Panh aux Editions Montparnasse.

Timide et souriant, Rithy Panh foule la scène de la grande salle de La Coursive d’un pas mal assuré. C’est la soirée d’ouverture du 33e Festival International du Film de La Rochelle et la réalisateur cambodgien fait l’objet d’un des cinq hommages de la manifestation, avec Anna Karina, Liv Ullmann, Sembene Ousmane et Blake Edwards. L’essentiel des films de Rithy Panh est projeté sur les écrans rochelais, depuis son premier documentaire, Site 2, aux abords des frontières, réalisé en 1989, aux Artistes du Théâtre brûlé, sélectionné à Cannes cette année hors compétition et qui sortira en France le 9 Novembre 2005. Le cinéaste cambodgien, qui a connu les travaux forcés sous le régime des Khmers rouges puis le camp de réfugiés de Mairut en Thaïlande, s’est exilé en France depuis vingt-cinq ans et a été formé à l’Idhec. Il lui a fallu dix ans avant de pouvoir retourner sur sa terre natale, où il signe de nombreux films, quelque part entre le documentaire et la fiction.



« FILMER, C’EST ETRE AVEC QUELQU’UN »

Objectif Cinéma : Tous vos films offrent des témoignages sur le génocide cambodgien commis par les Khmers rouges. Le témoin de ce massacre est le sujet de votre cinéma ?

Rithy Panh : C’est plus qu’un témoignage, c’est surtout une prise de parole. J’ai commencé à faire du cinéma pour retrouver la mémoire du peuple cambodgien. Ce n’est pas évident de dire à ses enfants que l’on a été traité comme un animal. Or, un film permet cela. Il aide à faire sortir cette parole et c’est pourquoi on peut alors faire le deuil. Même s’il « faut laisser le temps au temps » comme on dit.


Objectif Cinéma : Dans S21 , cette parole est accordée aux victimes comme aux bourreaux. Comment cela s’est-il passé ?

Rithy Panh : En tant que tel, le mot de « génocide » n’est toujours pas officiellement reconnu. Il n’a pas été prononcé lors de la conférence de Paris sur le Cambodge à cause des Khmers rouges, qui ont menacé de quitter la salle. Pourtant, la mémoire n’est vraiment complète que lorsque toutes les parties font le travail de leur côté. Il revient toujours aux victimes d’accepter la situation. Mais les autres ? C’est pour cette raison que Nath, le peintre survivant du S21 va à la rencontre des bourreaux. Personnellement, je ne sais pas ce qui s’est passé. Qu’est-ce qui peut pousser une personne à lever la main sur une autre ? A quoi pense-t-elle à ce moment-là ? Il n’y a que les morts et les bourreaux qui détiennent cette vérité. C’est pourquoi il faut écouter et accepter toutes les explications. Je reste quand même attentif aux mensonges éventuels. Si c’est le cas, je trouve la preuve du contraire, et cela arrive toujours. On retrouve une trace, un mot, une photo, une confession. Alors je les expose et généralement la personne veut revenir sur son témoignage.