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CRITIQUE DE CINEMA ET PAF
Par Gilles LYON-CAEN

A l’heure d’une nouvelle donne menaçante qui vise ni plus ni moins à éradiquer la culture du périmètre médiatique en général et de la petite lucarne en particulier (des six chaînes aux câbles), la critique cinématographique couve actuellement en France une crise sans précédent. Petit état des lieux.



DVD : UNE CINEPHILIE PROVIDENTIELLE ?

Il y avait pourtant lieu de se réjouir depuis l’apparition du DVD. Le support numérique a bénéficié, par le biais des bonus, d’un outillage théorique jusque là quasiment inexploité : la pédagogie. De plus en plus rare, l’exercice critique par excellence consiste, tout en regardant les images de biais, à les perforer pour en dire les ouvertures possibles. Mais le consommateur DVD se perd dans une cinéphagie parallèle des plus foisonnantes. S’il connaît un regain d’intérêt dans certaines revues, ce passage à une nouvelle cinéphilie rétrograde. De boulimique, le cinéphile est devenu désenchanté. Les forums Internet donnent le ton, qui oscille entre euphorie et mélancolie. Une sensation d’inachevé se dissimule, par-delà la toile et ses échos en boucles : la critique soliloque.

Aujourd’hui, au niveau éditorial, l’outillage réflexif du DVD s’essouffle de lui-même, se voit désaffecté, au gré de bonus sans passion et de recyclages analytiques de facture universitaire. Comparée à la Zone 1 Import, la qualité française stagne, résignée, comme si elle était prise de court par la vitesse du marché. L’ensemble, indigeste, conjugue les diktats d’un prestigieux et encombrant patrimoine, et la sacro-sainte « politique des auteurs » institutionnalisée par la critique française.

DE L’AUTRE COTE DE L’ECRAN : LES TELE-TUBBIES DE LA CRITIQUE

Indigeste, la critique l’est davantage du côté des promoteurs télévisuels. Pourtant confortée par la demande, sans doute pérenne, elle n’a jamais été aussi light. « Comme au cinéma » (sur France 2), « Ça balance à Paris » (Paris Première), « La semaine du cinéma » (Canal +)... Les émissions se succèdent et se ramassent. Et l’empire du verbiage publicitaire de causer toujours plus de dégâts : suppression d’émissions, changement de formule, passeurs de plats en porte-à-faux + mea culpa sur les plateaux télé (Field notamment)... Au royaume du sourire, la critique promotionnelle traverse une crise que l’on cherche à taire.