Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

NINETTE
de José Luis Garci
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Ninette est l’adaptation cinématographique des deux oeuvres Ninette et un Monsieur de Murcie et Ninette, façons de Paris) que l’humoriste et dramaturge madrilène Miguel Mihura (1905-2005) à consacrées à son personnage préféré : intelligente, sexy, fille parisienne amusante et spontanée qui travaille aux Galeries Lafayette.



POINT DE VUE

Miguel Mihura, humoriste et dramaturge madrilène (de droite, comme tous ceux qui prétendent ne pas faire de politique) s’accommodant parfaitement de la censure franquiste (au point de devenir académicien), fut un adepte (voire un précurseur) du théâtre de l’absurde - notamment avec sa pièce Tres sombreros de copa, écrite, paraît-il, dès 1931, mais publiée bien plus tard -, ainsi que le fondateur du journal satirique La Codorniz (sorte de Pilote espagnol, d’où sont sortis les illustrateurs les plus intéressants des années 60 ; certains d’entre eux, comme Mingote ou Forges, continuent à faire la une, respectivement, des quotidiens de droite et de gauche, ABC et El Pais ; ils sont en tout cas d’une autre envergure que l’illustrateur qui sévit en première page du quotidien français anti-daté Le Monde). Sa pièce Ninette y un señor de Murcia (1964) fut adaptée au cinéma dès 1965 par le comédien-réalisateur Fernán-Gómez. José Luis Garci agrège à sa version cinématographique (à tort, nous semble-t-il, la première pièce étant suffisamment riche et offrant assez de matière à un film, voire à un roman-feuilleton) la suite de cette pièce, publiée par Mihura en 1966, nettement moins inspirée (plus terre-à-terre, boulevardière et tristounette) : Ninette, Modas de París. Les échanges entre le syndicaliste de gauche et le curé murcien provenant de la Ninette de 1966 nous ramènent par moments du côté des Don Camillo qui vraisemblablement nous paraîtraient aujourd’hui lointains et exotiques... La seconde partie du film plombe inutilement la comédie qui pouvait très bien s’achever légèrement comme elle avait commencé - la première moitié du film lorgne en effet du côté de Silk Stockings (1957) de Robert Mamoulian ainsi que de The Appartment (1960) ou de The Seven Year Itch (1955), comédies théâtrales (en huis clos) de Billy Wilder, finement mises en scène et interprétées, reposant essentiellement sur la qualité des répliques ; Wilder est d’ailleurs cité nommément par Garci parmi les personnalités ayant fréquenté l’hôtel Ritz à Paris. Le film paraît de ce fait trop long et l’on attend à plusieurs reprises que l’opérateur daigne envoyer le déroulant final.

La mécanique de l’humour de Ninette (pièces et film) repose sur des contrastes assez marqués entre les personnages (leur différence de caractère, de conception de l’existence, de comportement devant la vie), sur l’exploration des notions de désir et de réalité, sur la dialectique, le va-et-vient entre la frustration (en principe espagnole) et le libertinage (français). Sur un long développement aussi, original pour l’époque, tout en paradoxes, parfois avec quelques clichés, du thème de l’exil politique. De nombreuses trouvailles scénaristiques maintiennent donc captif le héros qui ne risque pas d’échapper à son hispanité. Et rien ne lui sera épargné : au lieu de lui offrir la Vie parisienne, la distraction et le dépaysement tant rêvés, ses hôtes ne sont capables de lui donner que ce qu’ils ont : un appartement miteux aux pièces aveugles où on lui sert quotidiennement du vin espagnol, de la cuisine ibérique (favada, cocido, paella) et où il doit se farcir des heures durant la musique de cornemuse galicienne jouée par le père de Ninette...