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BROKEN FLOWERS
de Jim Jarmusch
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Un vieux célibataire (Bill Murray), plaqué par sa jeune compagne (Julie Delpy), reçoit par la poste une lettre anonyme lui apprenant qu’il a un fils de dix-neuf ans...



POINT DE VUE

Ce qu’il y a de mieux dans ce film, comme souvent, c’est le générique du début. Celui de la fin n’est pas mal non plus, mais il est moins rigoureux, monté à la louche, avec ces centaines de noms d’intermittents du Spectacle qu’il faut bien caser quelque part - ce qui explique que le cinéaste ait besoin d’une rustine sonore pour tout faire tenir, là où une seule chanson suffit au commencement du film. Rien que le logo de la production, Focus Features qui, jouant sur les mots, fait le point sur un motif net en laissant l’arrière-plan flou avant de présenter une mise au flou du premier plan, mériterait une analyse esthétique, économique, si ce n’est idéologique - qui dit « feature  » dit en effet long métrage de fiction, avec acteurs professionnels, et tout le tralala (casting, directeur de casting, maquillages, coiffures, costumes, loges, décors, cachets...). Nous sommes donc bien loin du cinéma dit « indépendant » que Jarmusch et quelques autres millionnaires comme Wim Wenders sont censés incarner - ne parlons même pas, comme certains critiques totalement à côté de la plaque, de cinéma d’« avant-garde ». La plaisanterie de Jarmusch, si elle a déjà rapporté gros, a tout de même coûté un million de dollars - presque autant d’euros - à produire.

On a, en prologue, parallèlement au défilé des principaux crédits du film, le déroulement d’un court métrage institutionnel comme ceux que produisait la G.P.O. britannique dans les années trente, vantant le travail de la poste américaine (pourtant, avec l’italienne, l’une des moins fiables au monde) qui présente le trajet d’une enveloppe rose, du moment où elle est déposée (par des mains féminines gantées de cuir couleur chair) dans une boîte à lettres, jusqu’à son arrivée à l’adresse indiquée, en passant par les étapes de ramassage du courrier, de son acheminement par transport routier vers un centre postal, de son tri totalement automatisé, de son départ par camion vers la ville de destination et, finalement, de sa distribution par une factrice black à pied. Tout cela en moins de trois minutes.

Le scénario est très mince : un vieux célibataire endurci (Bill Murray), quitté par sa jeune compagne (Julie Delpy), reçoit par la poste une lettre anonyme lui annonçant qu’il a un fils de dix-neuf ans. Un voisin du héros, un ouvrier d’origine éthiopienne, père d’une famille nombreuse et détective virtuel à ses heures (Jeffrey Wright), l’incite à résoudre cette énigme en allant revoir et interroger ses anciennes conquêtes féminines. Le voisin insistant organise ce périple dans l’espace (le film devient alors un road-movie non assumé) et dans le temps (le film se voudrait par moments nostalgique, voire mélancolique, dans cette recherche de la jeunesse du séducteur devenu un rentier ou un pré-retraité pantouflard qui, chez lui, vêtu d’un survêtement Fred Perry et gardant ses chaussures de ville, passe le plus clair de son temps à roupiller sur son divan, à écouter de la musique classique, à siroter du champagne Moët et Chandon, ou à regarder la télévision - son écran plat 16/9èmes Sharp diffuse le film The Private Life of Don Juan d’Alexander Korda (1934), avec un Douglas Fairbanks lui aussi un peu fatigué. Le personnage s’appelle Don Johnston, en référence à l’acteur de Miami Vice supposé être un modèle de play-boy américain, mais aussi, naturellement, au personnage de Don Juan Tenorio.