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DAVID HINTON
OU LES IMAGES VOLATILES

Par Nicolas VILLODRE

Le réalisateur David Hinton, qui a travaillé notamment avec les chorégraphes Ulysses Dove (Vespers, 1986 ; Dancing on the Front Porch of Heaven, 1992), Karole Armitage (Wild Ballerina, 1987), Lloyd Newson du groupe DV8 (Dead Dreams of Monochrome Men, 1990 ; Strange Fish, 1993), a réalisé trois courts métrages de danse particulièrement intéressants.



Jacob’s Dream (1990) est un film onirique en noir et blanc, interprété uniquement par des hommes vêtus de pelisses unisexe en laine, taille XL, coiffés de petits chapeaux « ska », apparaissant (et disparaissant) autour d’un lit sur lequel est allongé un homme rêvant les yeux ouverts. Les danseurs-elfes évoluent sur les rythmes alanguis et ragamuffin dus à la compositrice MC Kinky (qui a largement contribué au succès du chanteur Boy George). La chorégraphie de Jacob Marley se réduit à une danse de club, dont les pas n’exigent, a priori, aucun effort virtuose. Le film s’ouvre sur une séquence réalisée en pose longue (les danseurs, filmés image par image, apparaissent en accéléré, contrastant avec l’immobilité du dormeur). La structure du court métrage est proche de celles du Rêve du maître de ballet et du Locataire diabolique (1909) de Georges Méliès. La photographie en noir et blanc, vaporeuse (on a eu recours aux fumigènes), estompe tout élément décoratif et crée un effet d’abstraction qui fait oublier la réalité tout court - celle du studio de prise de vue.

Dans son film Touched (1994), David Hinton poursuit un travail photographique en noir et blanc, cette fois-ci, semble-t-il, influencé par l’âge d’or des magazines de mode : les clichés raffinés de Cecil Beaton, Angus McBean, Richard Avedon, Horst P. Horst, etc. Le piqué de l’image, la « photogénie » (terme qu’utilisait déjà le pionnier anglais de la photographie Fox Talbot) des interprètes, le soin apporté au maquillage et à la coiffure, la recherche du cadrage, le recours systématique au (très) gros plan, ne semblent pas suffire au réalisateur. Grâce aux mouvements incessants, sinueux, répétitifs de la caméra et à la rigueur du montage, celui-ci écrit une chorégraphie pour la caméra à partir d’une simple trame gestuelle conçue par Wendy Houston. Une chorégraphie sans danse, donc.