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FESTIVAL DE DEAUVILLE 2005
Compte-rendu
Par Matthieu CHEREAU

Au programme du festival, les films de la compétition et quelques avant-premières, les documentaires demeurant pour une raison obscure réservés aux curieux du week-end.



Commençons par les valeurs sûres, Me and You and Everyone We Know de Miranda July, qui continue son bonhomme de chemin de festival en festival avant de sortir en France. C’est certain, Miranda a tout pour elle, une écriture originale et séduisante, un jeu qui sied à son personnage un peu maladroit mais finalement touchant, une réalisation aux airs de bricolage en réalité complètement maîtrisée. Ce film emporte d’emblée la mise car il repose d’abord sur une galerie de personnages très forts, toujours pris dans des contradictions, rêveurs ou velléitaires, bref souffrant d’une certaine inadéquation au réel. C’est sur cela que se bâtit toute l’ambiance du film, l’achoppement et la reconstruction d’un possible du côté de la fiction par l’art, Internet, des affiches ou simplement des histoires (les histoires que les personnages se racontent pour mieux y croire). Me and you, mise en abîme de Miranda sur elle-même, repli de son art sur son art, mais un repli parfois un peu trop habile, lisse et pastel, trop rondement mené pour véritablement convaincre. La direction artistique s’impose sans nuance dans le moindre plan, les couleurs, la musique dessinent les contours d’un monde en plastique, une pure fiction. Le film parle de lui-même, et tient par la main le quidam qui s’en va prendre sa leçon de possible, dans un monde qui parle finalement moins du corps ou de la vie que de son escamotage du côté du rêve, de l’invention, de l’artifice.

Broken Flowers
de Jarmusch est sans doute l’exact opposé du film de Miranda July. Brut et dépouillé, le moindre mot y tombe juste. Les situations incertaines se transforment comme par enchantement en jeu de dupe, en art du hiatus. Il y a toujours dans le cinéma américain, une certaine prédilection pour le hiatus, la dissonance, ce que recherche sans doute Jarmusch en convoquant Bill Murray, ce corps désabusé, qui y croit sans y croire, avec toujours dans le regard un rien de nostalgie et d’abnégation.