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KILOMETRE ZERO
de Hiner Saleem
Par Frédéric FOUBERT

SYNOPSIS : Février 1988, en pleine guerre Iran-Irak. Ako, jeune Kurde, rêve de fuir le pays, alors que sa femme Selma s’y refuse tant que son père est vivant. Enrôlé de force dans l’armée de Saddam Hussein, Ako est envoyé au front. Un jour, il reçoit l’ordre de ramener la dépouille d’un martyr de guerre à sa famille. Il est accompagné dans cette mission par un chauffeur de taxi arabe.



POINT DE VUE

La présence de Kilomètre Zéro au dernier festival de Cannes s’inscrivait dans la volonté des sélectionneurs de se colleter frontalement avec l’actualité mondiale la plus brûlante et ce qui nous préoccupe tous : Bush, Saddam, l’Irak. Mais après le triomphe de Michael Moore et Fahrenheit 9/11 en 2004, ce fut pourtant la douche froide pour les bonnes consciences de gauche : Kilomètre Zéro est en effet empli d’un long cri de joie saluant l’intervention américaine en Irak. La chute du tyran de Tikrit a marqué la fin d’un long cauchemar pour le peuple kurde. Hiner Saleem, réalisateur et écrivain réfugié en France depuis ses dix-sept ans, se fait ici le porte-parole d’une communauté humaine écrasée par les injustices de l’Histoire. Avec à la clé cet adage douloureux qu’on se repasse là-bas de génération en génération : « Notre passé est triste ; notre présent est tragique ; heureusement, nous n’avons pas d’avenir. »

L’essentiel du récit se déroule en 1988, pendant la guerre Iran-Irak. C’est un road-movie à sa manière, Kurdistan - Bassora et retour, où un Kurde enrôlé de force dans l’armée irakienne doit faire la route avec un chauffeur arabe qui le hait ouvertement, afin de ramener à sa famille le corps d’un soldat tombé au combat. Hiner Saleem expose les souffrances d’un peuple, dissèque le racisme endémique des Arabes à l’égard de cette minorité éparpillée, peint dans le détail la haine, la peur, les violences de guerre. Louables intentions, mais malheureusement le réalisateur se heurte à deux écueils. D’abord, la tentation poétique, qui s’effondre sous le poids du symbolisme. La volonté de faire sens devient vite irrespirable : voir cette statue de Saddam qui semble suivre le héros partout où il va. Amusante un instant, l’idée fait long feu.