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COMBIEN TU M’AIMES ?
de Bertrand Blier
Par Frédéric FOUBERT

SYNOPSIS : Dans le Pigalle des boîtes de nuit, la Beauté professionnelle, c’est Elle. Quand le client la voit, il a le souffle coupé. Le Client, il vient de gagner gros au Loto. Il lui demande : "Combien tu prends ?" et lui propose immédiatement de devenir sa femme. Elle accepte. Mais on ne quitte pas comme ça Charly et le monde de la nuit...



POINT DE VUE

Après les échecs publics de ses précédents opus (Les Acteurs, Les Côtelettes), Bertrand Blier a décidé de revenir sérieusement aux affaires afin de rassurer son cercle de fans, qui pouvait craindre une sévère chute du priapisme chez le bonhomme. Ingrédients, donc, du come-back : une affiche aguicheuse, un fidèle compagnon de route à qui il doit ses plus mémorables succès (Depardieu) et un fantasme hétéro-beauf pour argument : un quidam moyen (vous, moi, Bernard Campan) gagne le gros lot au Loto et décide de s’offrir comme femme une sublime pute de luxe (Monica Belluci). Dès la première scène, l’idée est exposée, le deal conclu, afin qu’il n’y ait pas tromperie sur la marchandise : le mac Blier n’a pas pour habitude de rouler le chaland. Ses films sont coutumiers de ces entames franches, de ces rencontres forcées entre personnages qui n’ont a priori rien à se dire (voir Préparez vos mouchoirs, où Depardieu propose sans tergiverser au parfait inconnu Dewaere de coucher avec sa femme). Au reste du film de dérouler la mécanique induite par l’artifice de départ, de confronter les sensibilités antagonistes. Ici, le dilemme tient dans la douloureuse transformation d’une putain en femme au foyer, dans la transformation du sexe sans amour en amour sans fric.

Inutile de chercher dans Combien tu m’aimes ? une dissertation sur l’état de la société, un constat désolé sur la marchandisation du sexe, ni même quelques pièces à ajouter à l’éternel dossier du soupçon de misogynie. Blier a largué les amarres depuis longtemps, passé l’âge des politesses et ressassera les mêmes questions jusqu’à son dernier souffle : comment, pour qui, pourquoi on baise ? Et il y apportera toujours les mêmes réponses : on baise pour affronter l’hiver qui pointe, pour terrasser la solitude, pour niquer la mort. Vaillamment, Blier remet sur le métier son irréductible idée de cinéma, ce mélange d’artificialité assumée (situations impossibles, déclamations théâtrales, l’abstraction d’un Pigalle de cinéma...) et de réalisme glauque (ce cinéma très français mais unique en France des grandes villes tristes, des petits employés de bureau et des fins de mois difficiles). Une combinaison de clichés sociologiques et d’une volonté de ruer dans les brancards, qui peut produire de belles étincelles mais aussi, comme ici, nous engourdir dans la frustration.