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ERIN BROCKOVICH
de Steven Soderbergh
Par Marc BRUIMAUD

SYNOPSIS : Mère élevant seule ses trois enfants, Erin Brockovich n’avait vraiment pas besoin d’un accident de voiture. D’autant que le responsable sort du tribunal financièrement indemne. Obligée de trouver rapidement un travail pour couvrir tous ses frais medicaux et de justice, Erin obtient de son avocat de l’employer comme archiviste dans son cabinet. Son allure et son franc-parler ne lui valent pas des débuts faciles mais elle apprend vite. En classant des documents, Erin déterre une affaire louche d’empoisonnement et décide de se jeter dans la bataille.


LA REINE DE WICHITA

La beauté poignante d’Erin Brockovich, sa vibration profonde et continue sur 2h10 de pellicule, ne s’analyse pas avec facilité à la première vision. Le film est tellement bien « fabriqué » (au sens professionnel du terme) que le spectateur se laisse séduire sans réticence par la surface de l’œuvre : actrice exceptionnelle (Julia Roberts, toujours juste, « offerte »), seconds rôles astucieux (Albert Finney, Aaron Eckhart, entre autres), musique évocatrice, intrigue comme le public les aime, « basée sur une histoire vécue », en l’occurrence un de ces « faits de société » où une femme fragile, désarmée, se dresse soudain contre l’abjection du Capital qui sacrifie l’individu sur l’autel du Dieu-Dollar... Soderbergh tient sa démonstration de bout en bout (gros succès commercial), alignant, avec un sens inouï de l’équilibre et de la fluidité, dialogues lestes, situations émouvantes, rebondissements en cascade, ruptures tonales ; à peine s’aperçoit-on que le canevas narratif est quelque peu particulier - l’histoire se conclut, on n’oubliera pas de sitôt Erin Brockovich, une vraie personne [1].

Sortant du Multiplex où j’étais entré avec le souvenir encore vif des sophistications métafilmiques de L’Anglais [2] et quelques persistances éclair de Kafka ou Schizopolis [3], je me suis demandé pourquoi (c’est-à-dire comment) une émotion si grande pouvait m’étreindre, alors que le genre « romance sociale », sans franchement me déplaire, ne m’a jamais exalté. J’ai laissé défiler des « classiques » récents jouant en apparence dans la même cour, Le Mystère Silkwood, L’Affaire Pélican, Révélations [4] ; décidément non, attendons d’y voir clair...