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LIVRE

24 IMAGES SECONDE

de Marina Vlady
Par Nicolas VILLODRE

A PROPOS : Enfant de la balle, Marina Vlady raconte sa carrière artistique, ses rencontres professionnelles, amicales et amoureuses...



POINT DE VUE

Le récit autobiographique de la comédienne Marina Vlady est de type chronologique ou syntagmatique : il obéit à une logique linéaire, répétitive, aux annuités inexorables qui défilent et finissent par nous rattraper dans notre grisaille contemporaine. De ce fait, le livre a tendance à rester à la surface des choses et des êtres rencontrés en une cinquantaine d’années et une centaine de films, téléfilms, films publicitaires comme celui pour le savon Lux et pièces de théâtre, joués sans discontinuer ou presque, de 1949 à l’actuelle ère sarkozyenne. La star rend hommage à l’un de ses fans, Gianni da Campo, qui finira par la faire tourner dans un de ses films et qui, grâce à sa compilation de coupures de presse (une « bible », dans le jargon du métier), a rafraîchi sa mémoire et rendu possible l’ouvrage (en lui imposant par la même une exhaustivité forcée et illusoire).

Marina Vlady a la dent dure pour la critique (« composée pour les neuf dixièmes d’abrutis qui feraient mieux d’essayer de faire leurs preuves sur les planches avant de distiller leur venin. A vrai dire, je suis persuadée qu’ils ont tous tenté d’embrasser une carrière artistique qui s’est conclue en fiasco total ! ») et sort un chapelet de clichés un tantinet rancuniers, comme si certains excès dans le laudatif (elle lui reproche d’assassiner toute tentative novatrice) ou dans le dépréciatif (on a droit à l’éternel couplet poujadiste sur le public qui a toujours raison et qui est en porte-à-faux avec la presse) l’avaient à tout jamais marquée. Heureusement, le livre est parsemé d’anecdotes piquantes, d’allusions sexuelles, de notations sensuelles fort bien rapportées, dans un récit (fort bien écrit) au présent. Dès les premières pages, on s’aperçoit que la longue carrière de la star se confond avec un certain cinéma de papa, avec l’âge d’or de ce que les adeptes de la Nouvelle vague ont appelé « Qualité française », que Vlady définit comme le « prototype du film français de bonne tenue mais qui n’apporte pas grand-chose au cinéma mondial ». D’enfant de la balle, ayant débuté sur scène à l’âge de... deux ans, à la femme mûre tournant pour des « Films 16 » (le ronron, initié au milieu des années 70, de téléfilms bien-pensants et rassurants pour un public chloroformé, les gens de la « profession », comédiens et techniciens tous plus intermittents les uns que les autres, programmateurs de chaîne de télé, responsables politiques, CSA, etc.), en passant par l’étape des « petits rats de l’opéra » (corps qu’elle quitta très vite pour éviter de devenir, dit-elle très lucidement, une « petite pute » pour abonnés) et, surtout, par sa période de sex-symbol des années 50, post-Marilyn mais pré-B.B., pré-Gina, pré-Demongeot, de « jeune première pure et froide »...