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JOSEPHINE BAKER
Comédienne
Par Nicolas VILLODRE

En découvrant Joséphine dans la Revue nègre, les Parisiens lui font un triomphe et sont conquis à tout jamais par le jazz, le charleston et la nouvelle plastique du corps de la femme...



Josephine Baker (1906-1975)

Née à St. Louis, Missouri, dans la boucle du Mississipi, Josephine Freda MacDonald, qui deviendra plus tard Joséphine Baker, est remarquée pour son exubérance par le pianiste-compositeur Noble Sissle qui l’intègre en 1922 à New-York dans la troupe de la revue de jazz Shuffle Along. On la retrouve en 1924 dans le nouveau spectacle de Sissle et Blake The Chocolate Dandies. Elle fait aussi des apparitions au Cotton Club, au Plantation Club de Broadway et dans d’autres établissements où l’on danse le Charleston, le black bottom et d’autres danses à la mode inventées par les Noirs.

En 1925, Caroline Dudley, la conseillère artistique du directeur du théâtre des Champs-Élysées, Rolf de Maré, la remarque à New-York et l’engage avec les musiciens de l’orchestre de Claude Hopkins (au sein duquel on trouve Johnny Huggins et Sidney Bechet) et des danseurs de la troupe des Blackbirds pour créer à Paris un spectacle qui aura pour titre La Revue Nègre. Les Parisiens font immédiatement un triomphe à cette artiste énergique dansant sur des rythmes syncopés inédits, se dandinant, se déchaînant et se désarticulant sur des airs de charleston, une danse qui s’exécute les pieds en dedans, et qui est par conséquent tout le contraire de la danse classique qui prône l’en-dehors. Le phénomène a une plastique nouvelle, un corps souple et musclé, nonchalant et puissant à la fois, dégingandé et robuste, des cuisses généreuses, de longues jambes qui semblent faites de caoutchouc dur. Elle change son rôle de girl légère et comique et s’invente un véritable personnage de clown érotique, pouvant improviser dans la pantomime bouffonne comme le font ses musiciens de jazz-hot dans une jam. Elle fait le grand écart, marche à quatre pattes, le postérieur situé plus haut que la tête, se relève en pointant les mains comme des revolvers, roule les yeux et louche, fait tourner son index sur le sommet de son crâne, gonfle les joues, grimace, transforme son joli minois en une infinité de masques nègres. Bref, elle fait sensation et crée une authentique attraction, invente un personnage. Le pourtant exigeant critique de danse André Levinson écrit à propos de Joséphine : « Ce n’est plus la dancing-girl cocasse, c’est la Vénus noire qui hanta Baudelaire. » Le dernier numéro de la revue présentait Joséphine les seins nus, couverte d’une simple ceinture de plumes qui scandalisa les bien-pensants. Depuis le choc des Ballets Russes, on n’avait jamais connu un tel événement artistique à Paris.