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CACHE
de Michael Haneke
Par Julien DUFOUR

SYNOPSIS : Georges, journaliste littéraire, reçoit des vidéos - clandestinement depuis la rue - où on le voit avec sa famille, ainsi que des dessins inquiétants et difficiles à interpréter. Il n’a aucune idée de l’identité de l’expéditeur. Peu à peu, le contenu des cassettes devient plus personnel, ce qui laisse soupçonner que l’expéditeur connaît Georges depuis longtemps. Ce dernier sent qu’une menace pèse sur lui et sa famille, mais comme cette menace n’est pas explicite, la police lui refuse son aide...



POINT DE VUE

Il suffit d’un seul plan à Michael Haneke pour faire fonctionner son film. Le premier. A partir de là le dispositif se met automatiquement en place. Que nous révèle ce premier plan ? La façade d’une maison, des gens qui marchent dans la rue, des voitures qui passent. Tout cela est contenu dans ce plan immobile de près de cinq minutes. Puis, soudain, l’image se fige et repart en arrière, des voix « off » parviennent au spectateur. En fait il s’agissait d’une vidéo que Georges et sa femme Anne étaient en train de visionner, celle-ci représentant la devanture de leur demeure. La nature de l’image, son origine, du moins celles qu’on avait émises à son propos, se retrouvent totalement remises en cause. Dès lors le statut même de l’image est biaisé. Dès le début du film.

Ainsi la perversion initiale va se propager comme un flux sur tout le reste du film. Chaque image, chaque plan douteux dans son cadrage, chaque plan un peu trop fixe, peut être soupçonné d’être une prise de vue réalisée à l’insu du couple, ou d’un quelconque membre de la famille. Cette ambiguïté quant à la nature de l’image va gangrener les images suivantes, les unes après les autres. Encore une fois pour Michael Haneke, ce qu’il s’agit d’analyser c’est l’image comme vecteur de vérité et d’informations. Benny’s Video, Funny Games étaient des films dans lesquels le metteur en scène avait déjà abordé ce type de sujet. Quelle crédibilité accorder à de telles images ?

La fragilité naissante quant à ce questionnement, ce sont alors directement les personnages du film eux-mêmes qui se retrouvent au cœur du problème. L’usage de la haute définition durant l’intégralité du film, vient ici renforcer le malaise. Le grain de l’image accroît ce sentiment de d’intimité violée, cette impression d’être rentré de force dans la vie d’un couple bien rangé, sans histoire. L’intrusion de ces cassettes malveillantes dans de Georges et Anne vont semer le trouble entre eux. L’incertitude et les tourments issus des interrogations sur les images se transposent alors dans la relation du couple. Ainsi quand Georges commence à avoir des soupçons sur une potentielle personne capable de tels agissements, il ne préfère pas en parler à sa femme. Anne ne comprend pas que son mari ne puisse lui révéler ce genre de choses. Ils sont en couple depuis déjà quelques années, ils ont un enfant âgé de 12 ans, et elle lui reproche de ne pas lui faire confiance, comme s’il avait des secrets à cacher. Vérités et mensonges font jour.