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CANNES 2005
SEMAINE
DE LA CRITIQUE
CAMERA D’OR

MOI, TOI ET
TOUS LES AUTRES

de Miranda July
Par Emilie PADELLEC

SYNOPSIS  : C’est une ville sans nom de Californie, réduite à une poignée de rues et de croisements, aux rayons d’un magasin de chaussures standard, et à quelques pièces aux murs peints de rose acidulé ou aux moquettes ternes. Là-bas, sous la lumière diffuse d’une saison solaire mais incertaine - l’été indien ? - gravite le cercle de quelques individus. ELLE, Christine, LUI, Richard, et EUX : l’ex-femme de ce dernier, leurs deux garçons : Peter et Robby, un de leurs voisins aguiché par deux adolescentes, un couple de retraités tombés amoureux trop tardivement et enfin, la commissaire d’expositions d’un centre d’art contemporain. La galerie est complète, ou presque.

En quête de simples réponses, de magie ou de rencontres pouvant éblouir leur quotidien, adultes et enfants se traquent avec affection, et finissent par se (re)trouver. Pour se faire, entre eux tous, des fils se tissent et s’entrecroisent, sur le mode de l’ordinaire. A l’écran en effet, rien d’exceptionnel. Si ce n’est la traversée de ces drames miniatures et contemporains : divorce, tristesse, solitude, espoir et désenchantement. Des « trois fois rien » qui se transmuent parfois pour eux, et pour nous, en autant de petites épiphanies.



LA CONFUSION DES ROLES...

Comme le titre l’indique, dans Moi, toi et tous les autres , les personnages sont le cœur du film. Comme il le sous-entend aussi, à partir du « moi » de Christine Jeperson (Miranda July), artiste-vidéaste et conductrice de taxis vermeils, vont se déployer tour à tour les lignes de vie des autres. Des lignes qui se nouent et se croisent par intermittence, et épousent davantage les formes de pointillés. D’ailleurs, parler de ce film en termes de signes de ponctuation n’est pas chose anodine.

Exemple : souvent rivés à l’écran de leur ordinateur, les deux frères exploitent avec virtuosité tous ces nouveaux langages technologiques et leurs caractères virtuels. Etonnamment, ils y investissent autant leur créativité d’enfant, par exemple sous les traits (fait de tirets) d’un tigre, que leurs désirs de passer à l’âge adulte en dialoguant sur messagerie instantanée avec quelque internaute émoustillé(e ?). Et d’essayer alors de trouver les (gros) mots justes pour ne pas se faire démasquer de l’autre côté de leur miroir écranique. En résulte une réelle trouvaille en matière de fantasme scatologique, imaginée par le plus jeune, sous cette équation innocemment obscène : ))<>((.

Pour éclaircir le propos, sans en dévoiler l’astuce, disons que ces signes sont censés mimer quelque échange peu ragoûtant de fluides corporels entre deux adultes consentants, ceci, « pour la vie ». Loin d’être anecdotique, cet extrait nous invite à réfléchir plus en détails à l’intelligence avec laquelle ce premier long métrage de Mirande July traite de la communication contemporaine. Cela, sans jamais tomber dans le danger de la stéréotypie. Ainsi en est-il des messages obscènes et jeux (interdits) de séduction échangés entre leur voisin et deux autres adolescentes du voisinage, apparemment portées sur la chose . Amusé par leurs avances, ce trentenaire célibataire semble soudain retomber en pleine puberté, tapissant sa fenêtre de feuilles A4 gribouillées de cochonneries, aux yeux de tous et surtout, à la vue de ces deux lolitas. De leur côté, ces dernières voient dans ce jeu graveleux une opportunité de se faire déflorer ensemble, sans trop se soucier du succès de l’acte.