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ALAIN CAVALIER
Réalisateur
Entretien réalisé
à Lyon en 2005
Par Philippe Chapuis

A l’invitation de Marc Artigau du CNP, Alain Cavalier est venu à Lyon pour présenter son dernier film, Le Filmeur, qui prolonge le travail entrepris en 1998 avec La Rencontre.



Objectif Cinéma : Ce qui me semble fort dans le film, c’est la manière dont l’intime prend une dimension universelle, c’est-à-dire artistique, partageable. À partir de quel moment vous êtes vous dit “ ça va faire un film ”, “ ça va franchir la barre ” ?

Alain Cavalier  : Le partage, il est souhaité parce que je ne pense pas que je vive différemment des autres personnes - dans le détail oui mais pas pour l’essentiel - donc je pense que mon point de vue peut être partagé par quelqu’un dans la salle et cette personne peut se dire « tiens, j’ai vécu ça comme ça mais je n’ai pas vu ça lui a vu ça et moi je l’ai pas vu ou j’ai vu autre chose. » . Ça peut lui permettre de revoir ses propres émotions, c’est ce que j’appelle le partage.

Comment oser prendre des morceaux de sa vie et les proposer aux autres, c’est un autre problème. Quand vous tournez - en 2004 par exemple - et que vous prenez une cassette de juin 1993, le passé revient presque plus fort que le présent que vous vivez, plus présent. Souvent, cinématographiquement, ça n’a aucun intérêt, mais à un moment, il y a un petit morceau quand même très différent de ce que vous avez filmé ou de ce que vous voyez dans les salles de cinéma et là, on se dit, tiens, on entre sur une zone qui n’est pas travaillée en fait, sur un petit terrain qui n’est pas labouré...

Et quand vous faites le compte de ces petits morceaux-là, peut naître l’envie de les mettre les uns à côté des autres pour voir ce que ça donne...


Objectif Cinéma : Ce qui enclenche le film, c’est le fait de revoir ? Mais au tournage, que se passe-t-il ?

Alain Cavalier  : Sur le moment, il y a quand même l’instinct. Vous ne filmez que ce que vous trouvez immédiatement filmable - parce que vous avez un choix, toujours, en permanence, lorsque vous vivez, regardez, écoutez... Il y a des choses qui vous fascinent cinématographiquement et d’autres qui ne vous intéressent pas. Quand le filmable vous appelle - vous êtes ému ou ça vous fait rire - vous appuyez sur le bouton de la caméra et vous stockez mais ce n’est que cinq ans ou six mois après que le fragment vous apparaît sous son véritable visage. Ou bien c’est nul, ou bien ça avait paru un peu bécasse sur le moment, et puis maintenant ça s’envole... Il faut attendre.


Objectif Cinéma : Laisser décanter.

Alain Cavalier  : Il faut laisser vraiment décanter.