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MATCH POINT
de Woody Allen
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Un jeune tennisman professionnel se reconvertit en devenant moniteur dans un club huppé de Londres. Il fait la connaissance des riches oisifs par lesquels il essaie d’avoir accès à la gentry britannique...



Quoi qu’on dise, les titres français des films étrangers sont souvent plus inspirés que les titres originaux. Ainsi, Carioca est plus explicite que Flying Down to Rio, Banana Split plus amusant que The Gang’s All Here, Accords et désaccords mieux trouvé que Sweet and Lowdown. Et Balles de match aurait sans doute été plus juste que Match Point, mais personne ne nous demande notre avis et les publicitaires n’en font qu’à leur (petite) tête... La dernière production de Woody Allen (la première de sa série britannique) est une pièce de théâtre filmée, in situ, en décors naturels ; elle a la nostalgie un peu fanée, les teintes saturées, orangées, ocres, brunes, les tons « terre battue » du bon Technicolor d’antan. Du point de vue sonore (si l’on peut dire), le film débute par un vieux rouleau (plutôt d’automne) de Caruso himself (disons en européen : lui stesso) exhumé en l’état (brut, craquelant, grattouillant, 100% non restauré) : « Una furtiva lagrima », un air qui date de l’époque romantique, composé en 1832, très exactement, par Donizetti. Dans son préambule en forme de ralenti métaphysique, genre jet de nonosse pompier-pompeux-pompant à la 2001 Odyssée de l’espace, l’auteur-metteur en scène (de théâtre) prend le spectateur à témoin, à parti(e), lui posant la question pour candidat de BEPC de l’influence du hasard dans l’existence (pourquoi pas, bon sang, tant qu’on y est, de celle de dieu, nom d’une pipe, nom d’un chien, nom de nom ?). Le film s’achèvera, ou presque, en boucle, sur la métaphore de l’anneau jeté vers la Tamise (fleuve de Londres, ville où se situe une bonne partie de l’action, l’autre étant constituée de parties de campagne dans un manoir familial), qu’une rambarde renvoie vers la berge. L’anneau représente en quelque sorte le cercle fermé de la city dans lequel le jeune Rastignac, pauvre bougre irlandais qui s’en est sorti littéralemennt à la force du poignet, grâce à son coup droit tennistique, veut absolument pénétrer et ce, quel qu’en soit le prix à payer.

Bien que Woody Allen se réfère au roman de Dostoïevski, Crime et châtiment, que le jeune homme cherche à s’approprier grâce à une méthode de lecture rapide (du type reader digest), c’est plutôt aux opus de la Comédie humaine balzacienne mettant en scène Rastignac (Le Père Goriot, Les Illusions perdues, Etude de femme, La Peau de chagrin, La Maison Nucingen, etc.) que l’on pense en voyant le film ou, à la rigueur, à la limite (sans la culpabilité chrétienne attachée à la notion de vice), au Joueur du petit père Fedor Mikhaïlovitch. Car un des principaux thèmes du film est le jeu (l’autre étant l’alcool : ici, tout le monde boit tout le temps, à tout bout de champ(’), et de tout ; le sous-thème étant sans doute le bon usage du téléphone portable).