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MANDERLAY
de Lars Von Trier
Par Guillaume DREYFUS

SYNOPSIS : Après le massacre de Dogville, Grace accompagne son père et sa bande de gangsters à la recherche d’un endroit pour s’installer. Ils font une escale à la propriété de Manderlay, en Alabama, et Grace y découvre que les propriétaires exploitent encore des esclaves, 70 après l’abolition...



POINT DE VUE

En 2003, Lars Von Trier présentait à Cannes Dogville, premier épisode d’une trilogie basée sur le personnage naïf de Grace, splendide jeune femme, fille de gangster, tentant de fuir les activités de son père et de porter la bonne parole là où elle va. Dogville,du nom de la ville du Colorado dans laquelle se déroulait l’action du film, présentait le premier désastre de cette entreprise, Grace finissant par se venger de villageois l’ayant séquestrée, violée et battue. Manderlay reprend l’histoire là ou Dogville se terminait et emprunte les mêmes grandes lignes que le précédent opus : absence quasi-totale de décor, murs et batiments représentés par des lignes et des textes tracés à même le sol, musique de chambre, voix off commentant l’action... Le casting est également repris dans ses grandes lignes, les acteurs prenant des rôles différents, mais sans Nicole Kidman, remplacée par Bryce Dallas Howard, remarquée et remarquable dans The Village de M. Night Shyamalan.

L’effet de surprise n’existe plus. Là où Dogville était un ovni cinématographique, Manderlay ne profite plus de cet aspect novateur que pouvait présenter le premier épisode de cette « trilogie américaine ». Les allergiques passeront donc une nouvelle fois leur chemin, et les adeptes pourront trouver de la redite dans le langage cinématographique du Danois, habitué aux expérimentations. Passé cet état de fait, la forme permet une nouvelle fois de se focaliser uniquement sur le propos. Il est ici question d’abolition de l’esclavage, de liberté, de démocratie et de l’incidence de toutes ces avancées sociales sur une petite communauté d’esclave. Grace croit faire le bien autour d’elle en prenant en main la destinée des personnes qu’elle estime lésées, tout en ressentant une certaine responsabilité (« Nous les avons faits ») et apprendra une nouvelle fois à ses dépens que la nature humaine est bien plus compliquée et plus sombre que cela. Grace finira abandonnée de tous, seule face à ses propres contradictions et à l’échec de son entreprise. Encore une fois, il peut sembler que Von Trier s’en prenne aux Etats-Unis. Il serait erroné, et trop simple, de se limiter à cela. Dogville présentait de manière universelle le coté le plus noir de l’homme, ses instincts les plus primitifs qui s’emparent de lui face au pouvoir qu’il peut détenir sur une personne plus faible.