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J’AI VU TUER
BEN BARKA

de Serge Le Péron
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : Janvier 1966. Dans un meublé parisien, la police découvre le cadavre de Georges Figon - l’homme qui a fait éclater le scandale de l’affaire Ben Barka et ébranlé le pouvoir gaulliste. Un an plus tôt, Figon, lassé des affaires douteuses et des escroqueries minables, est à la recherche d’un coup juteux. Proche du « milieu » depuis des années de prison, il se voit confier une mission de grande envergure : produire un documentaire sur la décolonisation, écrit par Marguerite Duras et réalisé par Georges Franju, avec l’aide du célèbre opposant marocain Mehdi Ben Barka, engagé comme conseiller historique. Ce projet de film est un piège...



DOCU-FICTION

Comme ça, a priori, on aurait pu croire qu’on avait fait le tour de l’affaire Ben Barka. Il faut dire que depuis 30 ans cette dernière revient régulièrement sous les feux de l’actualité et qu’à force, presque à l’insu de son plein gré, on commence à en connaître les principaux protagonistes et grosso modo son déroulement. Régulièrement, il arrive en effet un témoignage pour ajouter un détail supplémentaire aux circonstances de l’enlèvement de l’opposant marocain ou pour préciser l’emplacement de son corps. Sans pour autant que l’enquête progresse véritablement. Si bien que du coup l’affaire Ben Barka est devenue presque rébarbative au fil des années, paraissant définitivement incompréhensible aux non-initiés du secret défense.

En pointant de la caméra le fait que son enlèvement a été perpétré suite à une manipulation cinématographique, Serge Le Péron fait original. Ô surprise, il suscite même l’envie de se replonger dans ce qui fut l’un des derniers épisodes de la décolonisation. Il faut dire que l’implication involontaire de Georges Franju et de Marguerite Duras dans le complot n’est pas son aspect le plus connu. Loin de là. Pour l’affaire Ben Barka, comme pour beaucoup d’histoires du même genre, le temps a fini par laminer les faits pour ne garder que deux ou trois noms. Ceux de Mohamed Oufkir, de Georges Boucheseiche, et d’Antoine Lopez. Avec leurs caractérisations respectives : Oufkir le tortionnaire, Boucheseiche le truand, et Lopez l’indic.

Quelque part, l’implication de Franju et de Duras est secondaire, presque anecdotique. Mais leur participation involontaire relève - comme le signale fort justement Serge Le Peron dans le dossier de presse - de cette propension des intellectuels français de l’époque à se tromper de révolte, à se laisser charmer par des aventures vaguement romantiques. Il y avait ceux comme Sartre, Montand et beaucoup d’autres qui se sont fourvoyés dans le communisme. Il y avait ceux comme Marguerite Duras qui trouvaient charmants voyous et autres marginaux au point de voir dans le bourgeois repenti Georges Figon un nouveau Genet...