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Mais c’est toujours très mauvais. Pourquoi ? Parce qu’un film n’est pas un cours d’histoire. Les faits doivent y être montrés. De manière intelligente. Et cela suffit. Pas besoin de partir dans d’interminables dialogues géopolitiques qui semblent intégrés au jugé, au petit bonheur. Un exemple parmi d’autres : le monologue de Figon à Orly sur le rôle obscur joué par l’administration américaine dans le processus de décolonisation, dans un moment où instinctivement l’on sait bien qu’il n’aurait pas tenu ses propos, en tout cas pas sous cette forme, pas avec ces mots.

Au final, c’est un peu comme si Serge Le Péron veut faire à la fois une fiction et un documentaire historique. Mais ce genre, cet hybride, ne donne jamais rien de bon, du moins rien de cinématographique. À la télévision, quand c’est bien ficelé, pas trop mal joué et écrit, le docu-fiction historique peut devenir au mieux un honnête divertissement à caractère informatif. Même si souvent ils sont très chiants. Au cinéma, c’est impossible. Tout simplement parce que fiction et documentaire historique fonctionnent avec des idées incompatibles. La fiction cherche à créer de l’émotion. Le documentaire historique vise à raconter les faits tels qu’ils se sont produits. À vouloir mêler les deux, le ratage est souvent proche. Car tout moment d’émotion se trouve instantanément annihilé s’il est suivi par du verbiage didactique.

Il existe des contre-exemples. La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo peut frôler le documentaire dans certaines scènes, du fait du noir et blanc, mais surtout du fait du talent des acteurs, des scénaristes et du réalisateur. Pourtant jamais le film ne sort de son statut fictionnel. D’ailleurs, le générique de début insiste sur le fait qu’il n’y a pas de réutilisation d’images d’archives. Alors qu’aujourd’hui, les génériques glorifient l’expression « basé sur des faits réels », comme pour se protéger du caractère interprétatif d’une œuvre. Pontecorvo, lui, assume dans chacun des éléments du film son caractère engagé, sa subjectivité par rapport à l’Histoire, son rôle d’artiste, et non celui d’historien.

A contrario, malgré le courage de son entreprise, Serge Le Péron ne semble pas avoir réussi à prendre la mesure d’un fait peut-être trop complexe à raconter. Il ne semble pas avoir su par quel bout le prendre. D’où l’hésitation sur le personnage à suivre qu’il reconnaît avoir rencontrée dans l’écriture du scénario. Et d’où ce rattachement perpétuel aux faits pour éviter d’installer un véritable point de vue. Car si l’on suit Figon pendant la majeure partie du film l’on sent bien que le cœur du récit n’est pas dans cet homme loin d’être passionnant. Et pourtant l’idée était là. Originale. La place du cinéma dans ce fait divers. Mais il n’a pas su véritablement l’utiliser. Il faut dire que le sujet n’est pas des plus faciles.