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LE CINEMA INVISIBLE
Par Nicolas VILLODRE

Ce texte, écrit en mars 1997, fut publié à l’époque par CinémAction, la revue de l’ami Guy Hennebelle, qui nous a quittés il y a deux ans, puis repris dans l’ouvrage de Brenez et Lebrat, Jeune pure et dure. Ces deux supports étant épuisés, nous en donnons accès via OC.



Le cinéma invisible, ou plus exactement, le cinéma jamais vu -the unseen cinema, pour reprendre l’expression du critique Baxter Philips - est avant tout un corpus de films censurés. On sait que les exemples d’œuvres dont la diffusion a été contrariée ou conditionnée par des coupes de dernière heure traversent l’histoire du film. Confrontée aux différentes formes de censure - économique, politique, morale mais aussi esthétique - il y a une autre forme de cinéma invisible : le cinéma expérimental. Un cinéma en marge du système hollywoodien et du système narratif dominant. Artisanal, subjectif, poétique. C’est de ce cinéma-là que nous allons traiter en prenant arbitrairement quelques exemples parmi des auteurs particulièrement attachants. Mais aujourd’hui, où il n’est question que de multimédia et d’images numériques, c’est tout le cinéma qui a perdu de sa couleur (les films en technicolor se sont délavés avec le temps, ceux en noir et blanc ne sont plus présentables que colorisés) en quittant son support (les œuvres ne sont quasiment plus disponibles qu’en vidéo ou en disque laser). Tout se passe en fait comme si le cinéma dans son ensemble était devenu un art invisible...


GIOVANNI MARTEDI

Giovanni Martedi est l’une des figures du cinéma d’avant-garde européen. Cet artiste italien sexagénaire, originaire de Milan, ayant passé son enfance à Gênes, s’est fixé en France à la fin des années soixante. Il a été formé autant par les voyages que par la rencontre fortuite d’autres artistes. Sa mère, qui avait fait les Beaux-Arts à Milan, lui communiqua très tôt le goût pour la peinture. Il prit des cours de dessin avec un peintre animalier avant de travailler avec des artistes comme Alfieri et Scanavino à Gênes et Simon Benetton à Trévise. Homme de la lavagna - le mot désigne l’ardoise gênoise et, par extension, la région de la côte ligurienne de son enfance -, il est très tôt sensible à la beauté du feuilleté de ce schiste ainsi qu’aux palimpsestes formés par les affiches publicitaires d’après-guerre, qu’il arrachait spontanément des murs de la ville avant que les décollages ne deviennent une pratique artistique. Jeune homme, il découvre, au hasard des programmations du cinéma de la Poste de Gênes, les films d’avant-garde. Durant l’âge d’or de Cinecitta, il se trouve à Rome où il est un "paparazzo". Il y fait la connaissance d’artistes tels que Burri. A Paris, sa rencontre avec Diego Giacometti l’enrichit énormément. Il suit bientôt les séminaires sur le cinéma d’avant-garde à la faculté de Vincennes et participe à la fondation de la Paris Films Coop, créée un peu sur le modèle de l’Anthology Films Coop de Jonas Mekas.