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DVD

DOGORA

de Patrice Leconte
Par Christian PAIGNEAU

SYNOPSIS : Vu qu’il n’y a présence ni d’acteurs ni d’histoire, Dogora ne se raconte pas facilement. En contrepartie Dogora se voit, s’écoute, se vit, se commente. C’est déjà pas mal et c’est là tout son principe.



DO YOU SPEAK LE DOGORA ?

On connaissait déjà « l’Esperanto » cette curieuse langue inventée au début du 20ème siècle dans le but de s‘internationaliser un jour et dont l’originalité était de n’appartenir à aucun pays en particulier mais de prendre à chacun des sonorités, des intonations. Sur une idée un peu similaire mais tout de même différente, le compositeur Etienne Perruchon à lui inventé le Dogorien, langue issue d’un pays imaginaire (Dogora) qui n’a strictement aucun sens en soi mais que des sonorités et du plaisir musical à donner. Pure langue d’émotion donc, à la couleur légèrement slave, chargée d’aller se greffer sur la musique de son inventeur et d’alimenter en particulier les paroles de ses choeurs.

Au commencement était plein de sons

Le début : un orchestre et son chœur qui s’enflamme dans un flou au noir et blanc inspiré. La suite est une narration carte postale où des images regroupées en thématiques simples semblent dialoguer entre elles sans avoir l’air de beaucoup s’écouter non plus. C’est inédit et étonnant.

Dogora se base sur une idée primitive de cinéma : rien que du son et des images qui cohabitent ensemble. Loin d’une cuisine minimaliste ou d’un pur concept Dogora est un plaisir très simple de cinéaste qui inverse une donne ancestrale : fabriquer des images sur une musique déjà existante. Réparation d’une certaine injustice cinématographique qui existe depuis les frères Lumières. On met de la musique par-dessus les films mais personne n’avait vraiment pris le temps de proposer le schéma inverse. Dogora est un pays très cinématographique qui surgit sans histoires ni acteurs. La musique prend le dessus sur le visuel, et les images prennent le rôle de la musique, le montage remplace le scénariste, le compositeur prend un peu la place du réalisateur et le réalisateur avec ses images se pose lui forcément plus en retrait. On est à deux doigts du jeu des chaises musicales et Dogora cumule ainsi bien des idées incongrues. D’abord sa langue qui n’existe pas et qui n’a pas de sens mais qui va au final servir à illustrer un pays bien réel qui a tapé dans l’œil de Patrice Leconte. Ni documentaire, ni fiction mais plutôt double poème d’amour à cette musique, son dialecte imaginaire et à ce pays : le Cambodge.