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TSAI MING LIANG
Par Cécile GIRAUD

Alors que La Saveur de la pastèque est déjà sorti en DVD à Taiwan, après avoir atteint les sommets du box-office en salles malgré (ou grâce) à sa réputation sulfureuse, Tsai Ming-Liang était à Paris pour présenter son film, rencontrer la presse française, mais aussi les étudiants de la Femis. Nous l’avons rencontré, en compagnie de son producteur et traducteur Vincent Wang.



Objectif Cinéma : Les taiwanais ont été très choqués par votre film. Vous attendiez-vous à des réactions si violentes ?

Tsai Ming Lang : Je ne suis pas du tout surpris des ces réactions. A Taiwan, il existe deux catégories de personnes : ceux qui suivent mes films depuis des années, ou même depuis Et là-bas quelle heure est-il, qui étaient choqués par mes autres films, et qui petit à petit y ont pris goût et les apprécient. L’autre catégorie de personne est constituée de gens qui ne vont jamais au cinéma, et il y en a beaucoup à Taiwan hélas. S’ils regardent des films chez eux, en DVD, c’est le plus souvent des films américains. Grâce au débat qu’il y a eu autour de mon film, beaucoup de gens sont allés le voir, et c’était la première fois depuis très longtemps qu’ils voyaient un film taiwanais. Ce film qui a suscité beaucoup de curiosité d’une part à cause de la représentation du corps qui est très osée par rapport à ce qu’on voit habituellement à cause de la censure locale, et d’autre part il suscite un débat sur le cinéma lui-même, puisque pour une fois on peut filmer de façon libre.

Dans le milieu du cinéma, particulièrement les acteurs, les gens ont été choqués par cette façon de faire, par l’audace de mes acteurs. D’habitude, montrer une épaule est déjà un sacrifice.


Objectif Cinéma : Mais dans les films américains qu’on voit à Taiwan, il y a également beaucoup de violence et de sexe...

Tsai Ming Lang : Dans la plupart des films américains, tout est emballé, c’est un monde qui fait fantasmer. Je me rappelle un article publié à Taiwan dans lequel l’auteur disait que je devais remercier mes acteurs pour le travail qu’ils avaient fournis, mais m’excuser auprès du public pour montrer le côté laid des choses.


Objectif Cinéma : Vous avez utilisé une actrice japonaise pour jouer le rôle de l’actrice porno. Ce n’était pas possible de choisir une actrice taiwanaise ? Il n’y a pas d’industrie du porno à Taiwan ?

Tsai Ming Lang : Le cinéma porno à Taiwan est en général clandestin. Il y a deux ans, un acteur porno est devenu très connu, et il a été arrêté. Il est simplement interdit de faire du porno. Quelque temps avant le tournage, nous avions pris contact avec les gens de ce milieu underground, pour voir s’il était possible de travailler avec eux. Mais comme il n’y a pas à proprement parlé d’industrie, que tout est amateur, leur attitude devant la caméra n’est pas du tout naturelle, ils étaient gênés. Finalement, nous nous sommes tournés vers le Japon.