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Tentant un ultime banco, l’homme éploré (Richard) décide alors d’utiliser les grands moyens et verse de l’essence sur sa main avant d’y mettre le feu. Malgré les brûlures, on se croirait au spectacle, et c’est d’ailleurs ce que semble penser son épouse, qui hésite entre étonnement et dédain. Le récent livre polémique Pourquoi les femmes pleurent mieux que les hommes trouve ici son exact contrepoint.

Passant d’un personnage à un autre, le film nous embarque alors dans une description impressionniste (on rentre dans l’histoire par petites touches) du monde moderne et de ses aléas. L’une des séquences les plus marquantes (autobiographique ?) est sûrement celle où Christine vient apporter une VHS de ses oeuvres à un musée de la ville, pour tenter de se faire connaître. A la sortie de l’ascenseur, elle demande son chemin à une femme qui se trouve précisément être la conservatrice du musée : “- Il vaut mieux me l’envoyer par la poste” lance cette dernière, pleine de morgue. “- Mais je suis... ici, en face de vous” répond Christine en tendant sa cassette. ”- Non, franchement, la poste, c’est mieux

La jeune artiste reprend l’ascenseur et sort du bâtiment sa vidéo sous le bras. Qui a dit que l’administration à outrance était un mal français ?

Pendant ce temps, Richard, qui a le bras bandé (plus de peur que de mal, car il s’est trompé de liquide inflammable et ses blessures ne sont que superficielles !) tente courageusement de reprendre goût à la vie. Vendeur de chaussures dans un supermarché, il est affublé d’un collègue répugnant dont on se demande comment la direction a pu penser qu’il était l’homme de la situation pour vanter le pied des femmes...

Une fois les fondations de son film posées, Miranda July s’attaque au plus difficile : relier les deux personnages principaux, ces deux âmes en peine à la recherche d’un sens à leur vie. Elle y parviendra par un artifice simple : en venant faire ses courses dans le supermarché, Christine tombe par hasard sur Richard, dont le côté ours, abrupt, tranche avec l’atmosphère ambiante. Christine reviendra à plusieurs reprises à l’étage “chaussures”, parvenant à obtenir de Richard un rendez-vous et, dès lors, focalisant entièrement sa vie sur cet homme. L’expression “trouver chaussure à son pied” prend alors une résonance savoureuse.

Quand les deux parviendront à conclure un rendez-vous (elle s’y montre bavarde et crispée, lui taciturne et à l’aise), ils décideront de tout faire à l’envers : mettre au point la séparation d’abord, se jeter des injures en suite, puis mimer une rencontre à un carrefour.

Le temps semble non pas suspendu (on n’est pas dans une expo) mais domptée par la cinéaste. Autant Christine est perdue, déboussolée par la répartie de Richard (elle descend de sa voiture la gorge serrée, se sentant idiote d’avoir accepté sa joute oratoire) autant Miranda July nous tient dans sa main, avec son sens du tempo et de la provocation douce...