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Chassez le naturel et il ne revient pas toujours au galop : Moi, toi et tous les autres, œuvre d’une artiste biscornue, est pourtant très sage techniquement, comme si sa réalisatrice n’avait pas voulu noyer sa narration sous des flots de bidouillages techniques. En ce sens son film est l’antithèse de Punch Drunk Love (2003) de Paul Thomas Anderson qui lui aussi décrivait la quête amoureuse de deux marginaux, mais qui n’hésitait pas à employer les grands moyens, notamment en barbouillant l’écran de rouge électronique, avec l’aide du vidéaste Peter Blake.

Miranda July fait, elle, passer la narration avant les gadgets, ce qui était sûrement tentant. Il est d’ailleurs frappant d’observer que depuis quelques années, la plupart des réalisatrices (Jane Campion ou Agnès Jaoui) jouent la carte du scénario là où leurs collègues masculins (de Wim Wenders à Jim Jarmush) penchent tellement vers la sacro-sainte “atmosphère” qu’ils manquent de passer par la fenêtre...

Est-ce du à son âge (32 ans), qui la place au milieu du gué, en tous cas Miranda July ne renvoie pas dos à dos la génération qui la suit et celle qui la précède. Autant le portrait d’un des clients de Christine, un vieux monsieur (sosie d’Elia Kazan) qui vient de trouver l’amour à 70 ans, est touchant, autant le compte des enfants est vite réglé : amorphes, traînant devant la TV et Internet comme devant un aimant, ils semblent cyber-condamnés, incapables de réagir autrement que par la provocation ou l’indifférence. Leur esprit de sérieux n’a d’égal que leur perversité. Certaine séquences, outrancières, plongent d’ailleurs le spectateur dans une certaine perplexité, voire malaise, et il est révélateur de constater qu’il y a vingt ans, elles auraient valu au film une interdiction au moins de 12 ans. Les temps changent.

La séquence où deux “lolitas”, obsédées par leur fond de teint, sont abordées par l’infâme collègue de travail de Richard, qui les amadoue, et leur propose un strip-tease via des instructions scotchées sur la fenêtre de sa villa, est édifiante. Idem quand le propre fils de Richard, âgé de 8 ans, suivant l’exemple de son frère aîné, utilise un forum de discussion Internet avec une crudité qui fait froid dans le dos.

Se faisant passer pour un homme mûr, il se retrouvera sur un banc de Los Angeles avec son “rendez-vous” une femme de 40 ans dont je vous laisse découvrir l’identité mais dont l’identité a été mentionnée quelques lignes plus haut.

Miranda July doit avoir des comptes à régler avec son passé... On a du mal à expliquer autrement cette rage... (1)