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TRISTAN
de Philippe Harel
Par Marc BRUIMAUD

SYNOPSIS : Des jeunes filles meurent, un criminel rôde, son arme est un livre (Tristan et Iseult), sa méthode la romance. La commissaire Emmanuelle Barsac va traquer ce « serial lover » pour finalement s’apercevoir que la bête est en elle, comme en chacun de nous.



ELLE SI TRISTE EN TRISTAN

Il y a environ un an dans un précédent article (1), nous soulignions à quel point l’œuvre atypique de Philippe Harel oppose une résistance au spectateur (et au critique), en ce qu’elle présente, non sans malignité et obstination, une surface commune gorgée de stéréotypes que renforcent des choix structurels codifiés (comédie « à la française », polar psychologique, etc.) égarant l’analyse vers des interprétations paresseuses.

Pour ne prendre qu’un exemple frappant, Le Vélo de Ghislain Lambert, film désespéré par excellence dont l’épilogue (la séquence des « petits coureurs ») verse dans des abîmes de mélancolie, passe le plus clair de son temps, à l’instar des Randonneurs, moins marqué stylistiquement, au rythme captieux du burlesque décalé, alors que ses enjeux, existentiels, définissent plutôt la trame d’une tragédie humaine. L’équilibre en est suffisamment instable (comme un cycliste sur des pavés humides ou la musique de Philippe Eidel, légère donc pathétique) pour désorienter notre jugement, installer un véritable leurre visuel, quasi masochiste, dont l’impact émotionnel distille des sensations « mitigées » - rire ou larmes, superficialité, profondeur ? La dialectique harellienne ne se dénoue pas aisément.

En ce sens Tristan, fausse comédie policière à caractères trempés (madame la commissaire contre le psychopathe, les « mulets », la « profileuse » et tutti quanti) pousse le bouchon très loin dans la fantaisie déceptive (2) consistant à livrer au public une simili Julie Lescaut du dimanche soir, alors que l’énigme, déliquescente, au lieu de s’étoffer par la rigueur de l’enquête, perd progressivement de sa substance pour se dégonfler avec ironie : plus de crimes ni de meurtrier, seulement quelques particules élémentaires (toujours vivantes) rassemblées autour d’une table de jardin... Qu’avons-nous visionné au delà des poncifs ?