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LA JUNGLE PLATE
de Johan Van der Keuken
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS : La Waddenzee, Mer des Terres Humides, est une région naturelle unique, zone côtière des Pays-Bas, d’Allemagne et du Danemark, qui, selon les marées, est tantôt mer, tantôt terre. Johan van der Keuken filme cette “ jungle plate ”, sa faune, sa flore et ses habitants et montre leur vie bouleversée par les développements économiques, techniques et industriels de la région. Un film prémonitoire des maux qui défigurent la planète.



ANALYSE

La ressortie en salle de La Jungle Plate de Johan Van der Keuken pourrait être l’occasion de revenir sur l’ensemble de la production du réalisateur néerlandais qui nous a quitté en 2001. D’abord l’éclectisme étonne, fascine, décourage même. D’abord, les dimensions font obstacle, l’édifice se révèle imprenable. Johan Van der Keuken fut photographe, documentariste, cinéaste, se jouant pendant quarante ans des marges, des cadres de "ses" professions et de ces zones de frictions propres au genre généralement imposé au cinéma documentaire. Pourtant, il sut toujours donner à ses films hybrides la structure d’un engagement composite mais irréductible. S’y mêlent la fiction, l’introspection, parfois la confession et souvent à une large gamme de pamphlets politiques la tonalité du mythe, faisant entendre une voix qui loin de se disperser s’étend aujourd’hui encore jusqu’ici. Et c’est même de cette apparente dissonance qu’émerge la force, la vigueur d’un discours qui résonne unique et autonome en chaque film, tout en étant le souffle d’un ensemble qui fait bel et bien oeuvre. Van der Keuken cogne, tonne et résonne sur sa partition, livrant dans la multitude des thèmes un même combat. L’écriture est à chaque fois la réaffirmation de procédés et redouble la vigueur du pamphlet.

Loin de briser la cohérence d’un ensemble, cette variété nous livre les membres épars d’un corps massif dont l’anatomie reste un secret bien gardé, une énigme donnant au monument Van der Keuken l’allure d’un Temple. Frontal, brutal presque, son cinéma fit tomber des murs, comme le court Vietnam Opéra de 1971 prenant à parti le confort aveugle et replet des néerlandais face aux événements que l’on connaît ; il sut aussi en ériger. Derrière la fulgurance et la lucidité d’un point de vue documentaire, il est un trouble laissant à l’édifice quelques portes closes. Laissons donc aux adeptes de mémoriaux la visite globale de l’oeuvre du cinéaste disparu, n’empruntons ici que quelques pistes livrées par quelques films à même peut-être de nous faire sentir la présence de l’homme.