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MANDERLAY
de Lars von Trier
Par Nicolas ONNO

SYNOPSIS : 1933. Grace (Bryce Dallas Howard), son père (Willem Dafoe) et leur cohorte de gangsters poursuivent leur périple à travers les USA, des montagnes Rocheuses (Dogville) jusque dans le Deep South, en Alabama, où le hasard les conduit devant la grille de la plantation de Manderlay. Une jeune Noire harangue Grace pour qu’elle intercède en faveur de Timothy (Isaach de Bankolé), Munsi fier et distant, qui doit être fouetté par son maître. Grace intervient. Stupéfaite de ce que l’esclavage n’ait pas été aboli près de 70 ans après la fin de la guerre de Sécession, celle-ci décide, avec l’aide du vieux Wilhelm (Danny Glover), de redonner la liberté aux habitants de Manderlay, dusse-t-elle le faire par la force.



LARS VON TRIER
« Mauvaise conscience » de l’Amérique

Le 9 novembre 2005, le second volet de la trilogie américaine du cinéaste danois, Manderlay , suite de Dogville (2003), est sorti sur les écrans français. Plus qu’une fable philosophique - cruelle - sur l’esclavage et le pouvoir, « LVT » livre une double réflexion, politique et cinématographique, sur ses relations ambiguës vis-à-vis des États-Unis et de Hollywood.

C’est dans les studios de Trollättan, dans le sud-ouest de la Suède, que furent tournés Dancer in the Dark, Dogville et donc Manderlay, ses « brûlots » contre les États-Unis. « LVT », la cinquantaine aujourd’hui, n’a jamais posé le pied sur le territoire américain. Lors d’une conférence de presse, à Cannes : « Si j’ai choisi de me pencher sur les États-Unis dans cette trilogie, c’est que je suis à 60 % Américain [...] dans la mesure où mon pays, ma vie sont influencés par la mainmise américaine. » Pour autant, - et c’est tout le propos de la critique outre-Atlantique -, n’est-il pas présomptueux de vouloir porter un jugement - forcément négatif - sur un pays dont on ignore les réalités ? Taxé d’anti-américanisme, Lars von Trier avait répondu, à l’époque de Dogville déjà : « Et Casablanca, est-ce que Humphrey Bogart y est allé ? » (1)

Pour Manderlay, l’acteur Danny Glover avait avoué avoir rencontré des réticences à accepter le film, ayant eu « immédiatement des réserves » quant au scénario. Celles-ci ne « concernaient pas tellement le côté provocateur du scénario, qui est réel. Mon problème, c’est qu’il était uniquement raconté par un Blanc et que les images étaient très fortes vues sous cet angle. (2) » Todd McCarthy, de Variety avait fustigé ce « professeur d’histoire autoproclamé  » qui mènerait « une charge idéologique apocalyptique contre les valeurs américaines » (3).