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LES BANDES
DU SOUS-SOL #6

Sabotages :
de la B.O. au clip
Par Stéphane KAHN

À l’heure où le clip investit des espaces traditionnellement réservés au septième art (festivals, cinémathèques, etc.), alors que certains réalisateurs de clips sont maintenant reconnus comme de brillants inventeurs, relevons que c’est paradoxalement dans une forme impure et intrinsèquement commerciale que s’exprime parfois le mieux le cinéma. Pas d’approche exhaustive ou historique pour cette chronique mensuelle puisqu’il s’agira plutôt de s’attarder très subjectivement sur des produits mettant en question la représentation de l’artiste et interrogeant pertinemment le rapport entre musique et cinéma, entre commande et œuvre d’art. Mettre en pause le flux télévisuel pour y dénicher les fleurs dans la poubelle, les perles d’un genre dont la médiocrité globale ne doit pas dissimuler les trésors...



A View to a Kill de Duran Duran
Réalisé par Kevin Godley & Lol Creme (1985)
Tainted Love de Marilyn Manson
Réalisé par Philip Atwell (2001)
Playground Love de Air
Réalisé par Roman Coppola (2000)
Light and Day de The Polyphonic Spree
Réalisé par Michel Gondry (2004)

Le flirt du clip avec le long métrage s’exprime, on le sait, de bien des manières. A côté des clips se rêvant en film de cinéma, des chanteurs convoquant des cinéastes chevronnés (John Landis ou Martin Scorsese pour Michael Jackson), de ceux se payant une star pour une apparition de luxe (Weapon of Choice de Spike Jonze avec Christopher Walken), il est un genre bien particulier qui regroupe les vidéos de morceaux utilisés pour la bande originale d’un long métrage.

Ici, pas de faux-semblants, le clip ne se contente plus de faire de l’œil au cinéma puisqu’il se met directement au service de celui-ci. On pourrait d’ailleurs dire de ces clips qu’ils s’apparentent souvent à de longues bande-annonces de quatre minutes destinées non plus aux salles mais aux chaînes de télévision. Tributaires d’un lourd cahier des charges, ils se contentent généralement d’alterner des extraits du film en question avec des plans de coupe du chanteur ou du groupe que l’on s’efforcera de placer - c’est la moindre des choses - dans un décor évoquant un tant soit peu le long métrage (souvenons-nous, par exemple, des riches heures du Top 50 et du clip de l’éphémère groupe Berlin pour Top Gun). Dans ce cas, plus que jamais, la nature promotionnelle de la bande s’impose puisqu’il s’agit de vendre à travers la diffusion d’icelle deux produits : plus seulement un "single", mais aussi un long métrage.